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http://www.leparisien.fr/images/2011/04/03/1391201_photo-1301833481633-1-0.jpgLes trois ex-employés de Renault, accusés injustement, négocient des compensations pour le préjudice moral, et un quatrième cadre soulève une autre affaire.

Leurs noms étaient au coeur du scandale ; les trois cadres accusés à tort exigent une compensation financière. Michel Balthazard, Matthieu Tenenbaum et Bertrand Rochette demanderaient plusieurs millions d’euros au constructeur Renault. Selon Pierre-olivier Sur, l’avocat de Michel Balthazard, « le montant est en cours de négociation avec Renault ».

Les trois ex-employés de Renault ont été licenciés en janvier, après des accusations anonymes ; ils étaient soupçonnés à tort d’avoir diffusé des informations secrètes sur un projet de voiture électrique. Ils avaient été blanchis début mars et le constructeur leur avait présenté des excuses publiques.

Michel Balthazard, 56 ans, était directeur de la division « amont, projets et prestations » et membre du comité de direction de Renault. Il travaillait pour le constructeur depuis le 1er mars 1980. Le cadre ne souhaite pas réintégrer l’entreprise. « Il n’exercera plus, ni chez Renault ni dans une autre entreprise, indique son avocat. Il n’est pas un traître et ne passera donc pas à l’ennemi. »

Son ancien bras droit, Bertrand Rochette, ne souhaite pas non plus retravailler pour Renault. Également accusé à tort, il était chargé de la recherche. De son côté, Matthieu Tenenbaum, 33 ans, n’exclut pas de retourner chez la marque au losange. Au préalable, il demande la juste indemnisation du préjudice subi. Cet ingénieur a débuté sa carrière chez Renault en 1997 et il était directeur adjoint du programme des véhicules électriques depuis 2007.

Un quatrième employé, licencié un an avant ses trois ex-collègues dans des conditions similaires, négocierait également sa réintégration, selon l’hebdomadaire Marianne. Philippe clogenson, ancien directeur du marketing clients, avait été limogé en décembre 2009, à la suite d’accusations anonymes. Il était soupçonné d’avoir touché de l’argent sur des comptes offshore de la part de prestataires de Renault.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 12/04/2011, en page 12.

L’arrestation de l’artiste Ai Weiwei, dimanche dernier, intervient dans un contexte de répression accrue envers la dissidence chinoise.

L’artiste Ai Weiwei, 53 ans, arrêté sans justification dimanche à Pékin, sait depuis hier de quoi on l’accuse. Ce défenseur de la démocratie et des droits de l’homme est soupçonné de « crimes économiques », a fait savoir la justice chinoise. « C’est une accusation fabriquée, un grand classique, assure Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme (LDH). La Chine essaye de combattre les démocrates en les amalgamant avec des corrompus. »

La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États- Unis se sont indignés de cette arrestation. Le ministère chinois des affaires étrangères a répliqué que « les autres pays n’ont pas le droit d’interférer » dans cette affaire qui « n’a rien à voir avec les droits de l’homme ou la liberté d’expression ».

Les interpellations de militants des droits de l’homme se sont multipliées depuis fin février. À l’époque, des sites Internet hébergés à l’étranger avaient lancé un appel à des « rassemblements du Jasmin » dans les treize principales villes chinoises, s’inspirant des soulèvements tunisien et égyptien. Selon China Human Rights Defenders, organisation basée à Hong Kong, trente personnes auraient été arrêtées suite à l’appel et une douzaine n’aurait pas réapparu.

« Citons, sans prétendre être exhaustifs, les disparitions forcées des avocats Teng Biao, Jiang Tianyong, Tang Jitian ; la mise en détention du juriste Xu Zhiyong ; l’agression dont a été victime l’avocat Liu Shihui ; les arrestations des intellectuels Ran Yunfei, Hua Chunhui, Liang Haiyi, Ding Mao, Chen Wei et Pu Fei pour subversion du pouvoir d’État ou incitation à la subversion du pouvoir d’État. On est sans nouvelles des lieux et des conditions de détention de toutes ces personnes », dénonce la Ligue des droits de l’homme.

« Le pouvoir chinois serre la vis depuis l’attribution du prix Nobel de la Paix au dissident Liu Xiaobo en novembre et depuis les soulèvements arabes de ce début d’année, observe Jean-Pierre Dubois. C’est le signe d’un affaiblissement du pouvoir, qui fait face à une contestation de plus en plus vive. » En début d’année, le président chinois Hu Jintao avait laissé espérer un fléchissement de la répression. « Il reste beaucoup à faire en Chine en matière de droits de l’homme », avait-il reconnu le 19 janvier, lors d’une rencontre avec Barack Obama à Washington.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 08/04/2011, en page 6.

Le chanteur populaire Michel Martelly remporte les élections présidentielles en Haïti avec plus de 67% des voix, selon les résultats préliminaires annoncés lundi soir. Les résultats définitifs seront connus le 16 avril et le vainqueur entrera en fonction le 14 mai.

http://www.lefigaro.fr/medias/2011/04/05/76079a8c-5f47-11e0-b5ac-5de5716daa7d.jpgSon inexpérience aurait pu être une faiblesse, elle est devenue sa principale force. Le curriculum vitae politique de Michel Martelly, tout juste élu président d’Haïti, est vierge. « Je n’ai jamais été impliqué dans la politique. J’ai les mains propres », scande-t-il, tel un slogan. Le néophyte de 50 ans s’est posé en candidat de la rupture avec le « vieux système ». « Je suis le changement et le changement est en train de gagner les élections », avait-il clamé entre les deux tours.

L’artiste populaire revient de loin. Écarté au premier tour le 28 novembre 2010 par des fraudes massives qui avaient profité au candidat du pouvoir, Jude Célestin, Michel Martelly avait finalement été désigné le 3 février pour affronter au deuxième tour Mirlande Manigat, constitutionnaliste et ex-première dame d’Haïti.

Michel Martelly était déjà président, mais d’un genre différent. Il s’était autoproclamé « président du compas », genre musical populaire en Haïti. Cet enfant de la classe moyenne de Port-au-Prince, qui avait arrêté ses études pour se consacrer à la musique, enregistre ses premières chansons à la fin des années 1980. Sous les pseudonymes de Sweet Micky et Tèt Kalé (« crâne chauve » en créole), il séduit grâce à des succès comme Ou la la, Konpa Foret des pins ou Pa manyen.

Cette carrière lui offre une aura auprès des jeunes, socle de son électorat, dans un pays où la majorité de la population a moins de 21 ans. À l’annonce des résultats, ils étaient nombreux à crier leur joie dans les rues de Port-au-Prince. Pendant la campagne, le candidat leur a fait des promesses. « Un jeune Haïtien doit pouvoir travailler, s’acheter une voiture et vivre décemment », a-t-il lancé. 

Il a également axé son programme sur la « sortie de crise post-séisme », après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, qui a tué 250 000 Haïtiens et laissé de nombreux rescapés toujours sans logement, confrontés à l’épidémie sporadique de choléra qui a fait 5 000 morts depuis novembre. « Ces centaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes empilés sous des tentes de fortune devront sortir car à la roulette russe des épidémies, le jeu a trop duré », a lancé Michel Martelly.

Sweet Micky est accusé par ses détracteurs d’être moins éloigné du système qu’il ne le proclame. Par exemple, le 16 janvier, il a approuvé le retour au pays de l’ancien « président à vie » Jean-Claude Duvalier, pourtant accusé de crimes contre l’humanité. Certains le qualifient d'ailleurs de « néo-duvaliériste ». Il a également souhaité que, une fois au pouvoir, « tous les anciens présidents deviennent (ses) conseillers afin de pouvoir profiter de leur expérience ». Pas sûr que le nouveau président, désormais élu, mettra cette idée en application.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 06/04/2011, en page 6.

Les soulèvements arabes mettent l’Iran dans l’embarras. Tenté de soutenir les révoltes, le régime craint la contagion.

http://www.asianews.it/files/img/IRAN_-_khamenei_%28450_x_305%29.jpgLe printemps arabe est un casse-tête pour la République islamique iranienne. Ses dirigeants pèsent leurs mots depuis le début des soulèvements. Le guide suprême Ali Khamenei a énoncé la ligne officielle lors du Nouvel An iranien, le 21 mars : « L’Iran soutient tous les mouvements de révolte qui ont pour slogan l’islam et la liberté. » Derrière cette déclaration monolithique se cachent plusieurs positions contradictoires.

Par la voix de l’agence officielle Irna, l’Iran, puissance régionale non arabe, minimise la contestation syrienne et accuse Israël de l’avoir initiée. « Cela démontre une grande nervosité, commente François Nicoullaud, ambassadeur de France à Téhéran entre 2001 et 2005. Bachar Al Assad est le seul allié fidèle de l’Iran dans la région et la Syrie est un point de passage vital vers le Hezbollah libanais. »

Deuxième point sensible : Bahreïn. Le micro-royaume, dirigé par la famille sunnite Al Khalifa, a réprimé le soulèvement de sa majorité chiite. Le pouvoir bahreïnien et son voisin saoudien dénoncent une ingérence de Téhéran. Cette accusation ne paraît pas fondée. Elle a notamment été démentie par l’amiral Michael Mullen, chef d’état-major de l’armée américaine. « Les dirigeants iraniens sont très prudents, assure un observateur européen à Téhéran. Pour des raisons stratégiques, ils veulent conserver des relations pas trop conflictuelles avec l’Arabie saoudite. » Dimanche, pourtant, le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe six monarchies de la péninsule arabique, a renouvelé ses accusations d’« ingérences flagrantes » de l’Iran dans la région.

L’Iran est moins réservé sur les autres révoltes, notamment au Maghreb. L’ayatollah Khamenei y voit « le signe du réveil islamique », enfanté par la révolution de 1979. Les autorités iraniennes souhaitent en tirer avantage. « Elles espèrent que la chute de régimes souvent prooccidentaux va affaiblir la présence américaine dans la région, indique l’observateur de Téhéran. L’Iran veut apparaître comme l’îlot de stabilité face à un monde arabe déstabilisé. »

Cette stratégie risque toutefois d’isoler davantage la République islamique. Son discours religieux et antiaméricain s’inscrit en décalage face aux aspirations démocratiques des peuples qui se sont soulevés. « Ils n’ont pas brûlé un seul drapeau américain, fait remarquer Ahmad Salamatian, ex-député iranien, exilé à Paris depuis 1981. C’est le résultat de la politique de la main tendue du président Barack Obama. »

Le pouvoir iranien est aussi affaibli de l’intérieur, délégitimé par la réélection frauduleuse du président Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009. Réprimé férocement, le « Mouvement vert » de contestation s’est essoufflé au bout de huit mois. Ses deux leaders, Mehdi Karoubi et Mir Hossein Moussavi, sont à l’isolement depuis février. « Le mouvement n’est pas mort, assure pourtant Ahmad Salamatian. Le feu couve toujours sous les cendres. »

L’opposition iranienne a tenté de profiter du printemps arabe pour se relancer. Le 14 février, le 20 février et le 1er mars, quelques milliers de personnes sont descendues dans les rues de plusieurs grandes villes. « La réaction du pouvoir a été extrêmement dure, alors que la mobilisation était plutôt sporadique », rapporte l’observateur européen à Téhéran. Cette réaction disproportionnée témoigne d’une crainte de contagion. Pour l’instant, la répression permet au régime de mater la contestation. Il n’est pas à l’abri pour autant. « Le pouvoir iranien, conclut Ahmad Salamatian, n’est pas plus stable que le régime de Hosni Moubarak, en Égypte, trois mois avant sa chute. »

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 05/03/2011, en page 5.

Près de cinq mois après les élections législatives, le Conseil d’État pour la Paix et le Développement (SPDC), plus connu sous le nom de la « junte birmane », a été dissous hier. Un gouvernement composé de civils le remplace.

 

Le pouvoir birman change-t-il vraiment de nature ?

Officiellement, le régime n’est plus militaire. Dans les faits, le pouvoir reste entre les mêmes mains. La quasi-totalité des membres du gouvernement présenté hier sont d’anciens militaires. La plupart ont quitté l’armée en 2010 pour pouvoir participer aux élections des parlements régionaux en novembre. « Ils avaient tous de l’autorité dans les structures de la junte, indique Olivier Guillard, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Ils ont seulement abandonné leur treillis pour le costume. » À la tête de l’État, le généralissime Than Shwe est remplacé par un de ses fidèles, Thein Sein, intronisé président hier. Cet ancien général est le premier ministre sortant. Il a mis un terme à sa carrière militaire en avril 2010, après quarante-sept ans passés dans l’armée. Pour sa part, l’ancien leader « Than Shwe voudrait se retirer progressivement tout en gardant la main sur un secteur lucratif, comme celui de l’énergie », indique Sophie Boisseau du Rocher, chercheur à l’Asia Centre.

 

Faut-il s’attendre à un assouplissement du régime ?

La dissolution de la junte donne naissance à ce que les militaires qualifient de « démocratie civile disciplinée et prospère ». Ce nouveau régime n’a de démocratique que le nom. Pourtant, de nouveaux partis d’opposition ont vu le jour à l’occasion des élections de novembre dernier. « Il y a de nouveaux acteurs dans la vie politique birmane : on compte au moins cinq partis d’opposition crédibles, note Sophie Boisseau du Rocher. Certes, ils manquent singulièrement de moyens et de capacité de nuisance, mais ils existent et c’est une tendance nouvelle. » Pour sa part, l’opposante historique Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, a été libérée le 13 novembre dernier, après sept ans de résidence surveillée. « Le fait que la junte ait décidé de donner une allure plus présentable à ses institutions alors que rien ne l’y contraignait marque le début de l’idée d’un changement à moyen ou long terme », estime Olivier Guillard.

 

La communauté internationale va-t-elle revoir sa politique de sanctions ?

Le dossier birman divise la communauté internationale. La plupart des démocraties occidentales appliquent des sanctions politiques et économiques à la Birmanie depuis la fin des années 1980. Parmi eux, les États-Unis et le Royaume-Uni sont les plus sévères. La France, l’Allemagne et l’Italie réfléchissent au contraire à une levée, au moins partielle, de sanctions qui n’ont pas prouvé leur efficacité. « Ils y réfléchissent discrètement pour que leurs opinions publiques et les organisations non gouvernementales ne s’en émeuvent pas », commente Olivier Guillard. De leur côté, les voisins asiatiques de la Birmanie accueillent favorablement son polissage institutionnel. « L’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est, NDLR) a toujours essayé d’inciter son ‘‘mouton noir’’ à devenir plus présentable, explique l’expert de l’Iris. C’est également le cas de la Chine. »

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 31/03/2011, en page 10.

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