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http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/c/cd/Coat_of_arms_of_Kosovo.svg/541px-Coat_of_arms_of_Kosovo.svg.pngL’élection du président Behgjet Pacolli, le 22 février dernier, a été déclarée inconstitutionnelle, lundi.

 

Pourquoi l’élection a-t-elle été invalidée ?

La Cour constitutionnelle kosovare n’a pas encore rendu public le texte intégral de sa décision. Elle doit le transmettre aujourd’hui au Parlement. Au Kosovo, le président est désigné par les députés. L’élection de Behgjet Pacolli, seul candidat, s’est déroulée le 22 février dernier, en trois tours. Lors des deux premiers, pour l’emporter, un candidat doit obtenir les votes des deux tiers des députés, soit 80 sur 120. Pacolli n’a pas atteint ce seuil, faute de votants. De nombreux députés d’opposition ayant boycotté le scrutin, le corps électoral était lui-même inférieur à 80. Le leader de la Nouvelle Alliance pour le Kosovo (ARK), une coalition populiste, l’a finalement emporté au troisième tour – pour lequel il n’y a plus de quorum –, avec 62 voix.

À la suite de ce scrutin, deux des principaux partis d’opposition – la Ligue démocratique du Kosovo (LDK) et les conservateurs de l’Alliance pour le futur du Kosovo (AAK) – ont saisi la Cour constitutionnelle pour deux motifs. Le premier : ils estiment que les deux premiers tours auraient dû être invalidés par manque de votants et que le troisième tour n’aurait donc pas dû avoir lieu. Ils dénoncent, dans un deuxième temps, des pressions exercées par le premier ministre, Hashim Thaçi, lors d’une suspension de séance imposée par son parti malgré le refus du président de l’assemblée.

L’ambassadeur de France à Pristina, Jean-François Fitou, a assisté au scrutin. Selon lui, une troisième raison aurait pu être soutenue par les plaignants : « Après avoir prêté serment, le président Pacolli est resté dans le Parlement et a voté pour le gouvernement comme un simple député. Normalement, il aurait dû être escorté hors de l’assemblée. »

 

Que va-t-il se passer désormais ?

Deux possibilités sont envisageables. La plus probable serait que le Parlement soit convoqué en urgence avant la fin de la semaine pour réélire le président. Si cette solution de compromis échoue, tout le processus électoral pourrait repartir de zéro et donner lieu à de nouvelles élections législatives. « Ce serait catastrophique et cela donnerait une piètre image de la maturité démocratique des Kosovars, met en garde Georges-Marie Chenu, ancien ambassadeur de France en Croatie et membre du Comité Kosovo. Surtout que les précédentes élections législatives, en décembre et janvier derniers, avaient déjà donné lieu à des fraudes inimaginables. » La crise politique kosovare a débuté avec la démission du précédent président, Fatmir Sejdiu, en septembre 2010.

 

Ce rebondissement freinera-t-il le dialogue avec la Serbie ?

Le Kosovo a déclaré unilatéralement son indépendance le 17 février 2008, quittant la République de Serbie. De fortes tensions existent, depuis, entre les deux pays. Les premières discussions directes entre Pristina et Belgrade ont démarré le 8 mars à Bruxelles, à l’initiative de l’Union européenne. La prochaine rencontre doit se tenir à la mi-avril. « Pour l’instant, le gouvernement kosovar n’est pas remis en cause par la Cour constitutionnelle. Les négociations vont donc pouvoir continuer, indique Jean-François Fitou. Cela dit, si une solution n’est pas trouvée pour le président d’ici à quinze jours, la classe politique kosovare aura les yeux braqués sur ce problème et ne se concentrera pas sur le dialogue avec Belgrade. »

Pour l’instant, le Kosovo est reconnu par les États-Unis et la plupart des pays de l’Union européenne, mais pas par la Russie ni la Chine, qui soutiennent Belgrade.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 30/03/2011, en page 7.

Vingt-cinq organisations appellent à manifester le 19 mars pour inverser les choix budgétaires.

Manifestation-Vic.jpg

Ce sera une journée pour l’école. A l’appel du collectif « L’école est notre avenir », une journée nationale d’action est organisée partout en France, samedi19 mars. Les vingt-cinq organisations syndicales qui composent ce collectif protestent contre les réductions budgétaires dictées par la révision générale des politiques publiques.

A la rentrée de septembre 2011, 16000 départs à la retraite ne seront pas remplacés dans l’éducation nationale. Cela portera le nombre de suppressions de postes à 66000 depuis 2007. La colère monte un peu partout dans le pays à la découverte de dotations horaires qui permettent parfois à peine de mettre en place les obligations d’enseignement et qui imposent partout en France des fermetures de classes, des augmentations du nombre d’élèves par classe et la fin de nombre d’enseignements. Quatre illustrations emblématiques de la situation sur le terrain.

 

A Vic-sur-Aisne (Aisne), plus d’élèves, moins de classes en maternelle Dans cette petite ville de l’Aisne, l’école maternelle risque de perdre un de ses trois postes d’enseignants en septembre. « Le rectorat nous retire un poste alors que nos effectifs vont augmenter », peste le maire Bernard Ruelle, qui comptabilise déjà soixante-cinq pré-inscriptions pour la rentrée 2011, contre soixante-trois cette année. « Nous allons nous retrouver avec des classes de trente enfants, craint Céline Deffins, présidente de l’association de parents d’élèves « Les écoliers de Vic-sur-Aisne ». Les professeurs ne pourront plus s’occuper des enfants en grande difficulté, qui sont nombreux ici. »

Dans l’Aisne, Vic n’est pas la seule commune touchée par les suppressions de postes. Cinquante départs à la retraite d’enseignants ne seront pas remplacés à la rentrée. « C’est aberrant, s’emporte la mère de famille. Surtout dans un département comme le nôtre, extrêmement touché par l’échec scolaire. »

Les parents vicois et leurs voisins vont créer un collectif pour faire pression sur le rectorat. Mardi, une réunion lancera le mouvement. Une première manifestation commune est prévue le 9 avril à Soissons. « L’inspecteur de notre circonscription assure que notre sort n’est pas scellé, rapporte Céline Deffins. Nous devons donc continuer à lutter pour que nos enfants ne soient pas une variable comptable. »

Globalement en France, la scolarité des 2 ans est passée sous le cap des 20%. Les syndicats craignent que cette restriction appliquée aux 2-3 ans ne se déplace demain sur les 3-4 ans.

 

L’académie de Nantes perd son latin En septembre, l’étude optionnelle du latin va disparaître de quinze lycées publics sur quarante-six. « Elle fait les frais des réductions de dépenses, indique Guy Chabior, chargé de communication au rectorat. Il faut faire un choix et nous privilégions les enseignements obligatoires par rapport aux options facultatives comme les langues anciennes. » En se basant sur les effectifs de la rentrée 2010, en-dessous de dix élèves, l’option n’est pas maintenue.

L’annonce se heurte à l’opposition des enseignants. « Nous comprenons l’argument économique, mais là, ce sont vraiment des économies de bouts de chandelle »,déplore Claire Couturier, présidente de l’Association des professeurs de latin et de grec (APLG) de l’académie de Nantes. Elle enseigne en 3e dans le nord de la Sarthe. Plus aucune classe de 2de n’y proposera l’option à la rentrée 2011. « En ce moment, nous essayons de trouver une dizaine de latinistes pour obliger le rectorat à rouvrir une section », prévient la professeur.

La Coordination nationale des associations régionales des enseignants de langues anciennes, la Cnarela, craint que la baisse de l’offre n’entraîne une diminution du nombre d’élèves. Elle fait remarquer que le nombre d’élèves étudiant ces langues anciennes a décru de 3000 entre 2009 et 2010, alors qu’il avait augmenté de 8000 entre 2005 et 2008.

 

En Lozère, un collège menacé de fermeture Trente-cinq élèves, douze professeurs, quatre classes… Situé à Sainte-Enimie (Lozère), Pierre-Delmas, le plus petit collège de France, est en sursis. Le rectorat lui a lancé un ultimatum : il devra présenter trente-cinq inscriptions sûres dès la mi-mai pour ne pas disparaître en septembre.

Problème : il n’y a pas de classe de CM2 dans le village cette année. Donc pas de vivier potentiel. « Depuis un mois, les parents, les professeurs et moi sommes devenus les VRP du collège, ironise le maire François Gaudry, nous essayons d’attirer des élèves des alentours. » L’association des « amis du collège » en aurait déjà convaincu une quinzaine de s’inscrire dans cette petite structure de proximité. « Je resterai inquiet tant que ces inscriptions ne seront pas validées », confie l’édile.

S’il échoue, les élèves du village seront répartis entre trois collèges des environs, notamment celui de Florac, à vingt-sept kilomètres, dont dépend Pierre-Delmas. Mais l’enjeu dépasse le cadre scolaire. « Si le collège ferme, s’alarme M.Gaudry, l’épicier et le boulanger, qui fournissent la cantine, partiront aussi. »

Les établissements scolaires sont partie intégrante de l’aménagement du territoire. A la rentrée 2011, les élus craignent des fermetures d’écoles et de quelques collèges.

 

A Dunkerque, une classe préparatoire de proximité ferme ses portes Le couperet est tombé le 11 mars. La prépa économique du lycée Jean-Bart de Dunkerque (Nord) fermera à la rentrée. Raison invoquée par le rectorat : les effectifs sont trop faibles.

Cette année, la classe compte seize élèves, pour une capacité maximale de quarante-sept. « Quand le rectorat nous a prévenus, nous étions en train de lancer une campagne de communication dans les médias pour attirer plus de monde », indique le proviseur Gilles Hogrel, d’une voix désabusée.

Le corps enseignant accueille la nouvelle avec amertume. « Nous accomplissions une vraie mission de service public, clame Axelle Degans, professeur d’histoire-géographie. Beaucoup d’élèves étaient issus de milieux très défavorisés. La plupart n’auront pas les moyens d’étudier ailleurs et n’auront donc plus l’occasion d’intégrer des grandes écoles. » Pour suivre le même cursus, les élèves devront désormais s’inscrire au lycée Faidherbe de Lille, à 80 kilomètres de Dunkerque.

Alors que le ministère de l’enseignement supérieur dit se battre pour un élargissement du profil des élites françaises – un changement qui passe par une augmentation du nombre d’élèves défavorisés dans les grandes écoles –, ces classes préparatoires de proximité, qui sont un levier de ce changement, ferment.

Jean-Philippe Chognot

Photo de Robin Simon

 

Article publié dans le journal Le Monde, du 19/03/2011, en page 16.

La collectif « L'école est notre avenir» bat le rappel. Samedi 19 mars, des milliers de manifestants sont attendus dans les rues d'une quarantaine de villes, à l'appel de ce collectif regroupant les principales organisations syndicales du monde de l'éducation. A Paris, les manifestants partiront du jardin du Luxembourg (6e arrondissement) à 14 heures.

Le mot d'ordre : non aux réductions de moyens. Dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP), 16 000 départs à la retraite ne seront pas remplacés à la rentrée de septembre 2011 dans l'éducation nationale. Cela portera à 66 000 le nombre de suppressions de postes depuis 2007.

Le collectif estime que les réductions d'effectifs accentuent les inégalités sociales. Il dénonce en vrac des fermetures de classes et d'options, des augmentations d'effectifs d'élèves dans de nombreuses classes, une réduction des Rased (réseaux d'aides spécialisées aux enfants en difficulté), une diminution de la scolarisation en-dessous de 3 ans ou encore un contingent insuffisant d'enseignants remplaçants. 

 

Défendre les conditions d'étude

La manifestation du 19 mars fait suite à une journée de mobilisation organisée le 22 janvier. Sur toute la France déjà, les cortèges avaient attiré 13 300 manifestants, selon les syndicats ; 10 300, selon la police. Dans la capitale, l'affluence se situait entre 2 600 (police) et 5 000 (syndicats) personnes.

Cette fois, le contexte est différent. Les académies ont connu le nombre d'enseignants qui leur était imparti fin décembre. Depuis, cette information est descendue dans les départements et même dans les établissements scolaires. Or, dans certaines circonscriptions où il n'a pas été jugé bon de divulguer les informations avant les cantonales, chaque établissement connaît le nombre d'enseignants ou le nombre d'heures d'enseignement dont il bénéficiera à la rentrée.

Les parents et les enseignants ne se mobilisent plus vraiment contre une politique éducative, mais plutôt pour défendre les conditions d'étude de leurs enfants, ou leurs conditions de travail. Un élément qui pourrait bien changer l'ampleur de la mobilisation.

Depuis l'automne 2008, le collectif "L'école est notre avenir" réunit 25 organisations représentatives du monde éducatif. Vingt-sept autres syndicats et associations soutiennent son appel.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié sur lemonde.fr, le 20/03/2011, dans la rubrique société.

1406022_3_bc4e_un-jeune-ecolier-leve-le-doigt-pour-prendre-.jpg La Seine-Saint-Denis ne veut pas se laisser faire. Les parents en colère d'Epinay-sur-Seine repassent à l'offensive et vont saisir la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) mardi 15 mars pour discrimination territoriale. Depuis le début de l'année, les vingt-huit écoles maternelles et primaires de la commune cumulent les absences non remplacées d'enseignants. Les plaignants s'estiment lésés du fait de leur situation géographique.

« Les enfants d'Epinay-sur-Seine ne reçoivent pas, de la part de l'éducation nationale, le même traitement que les autres enfants du territoire français, dénonce la fédération dans sa lettre adressée à Eric Molinié, président de la Halde. Nous avons le sentiment que nos enfants subissent une discrimination de la part de l'Etat. » Les dernières statistiques ont montré que ce département produit beaucoup plus de sans-diplômes et de sans-qualifications que ses voisins.

La plainte risque de mettre la Haute Autorité dans l'embarras. En effet, le territoire n'est pas un critère de discrimination au sens du code pénal. « Nous savons d'avance que la Halde ne pourra pas instruire notre dossier, anticipe Mathieu Glaymann, de la FCPE. Nous souhaitons simplement qu'elle émette des recommandations comme elle l'a fait dans d'autres dossiers. » Suite à un recours similaire déposé par La Courneuve (Seine-Saint-Denis), elle avait préconisé en février 2010 d'« étudier l'opportunité et la recevabilité de la notion de discrimination territoriale ».

 

Une proposition de loi

Entre autres requêtes, la FCPE demande à l'autorité administrative d'« étudier et [de] comparer la situation des remplaçants du premier degré à Epinay-sur-Seine avec celles d'autres territoires». Mathieu Glaymann espère qu'une telle enquête « poussera le législateur à modifier la législation pour que la discrimination territoriale soit enfin reconnue ». Une proposition de loi a déjà été déposée le 18 novembre 2010 par vingt députés communistes, du Front de gauche et divers gauche. Elle vise à ajouter le « lieu d'habitation ou de résidence » parmi les motifs de discrimination. Le texte n'a pas encore été examiné à l'Assemblée nationale.

La fédération de parents d'élèves souhaite aussi que la Halde fasse « des recommandations au ministère de l'éducation nationale afin de corriger l'inégalité territoriale constatée » et qu'elle appuie « leur demande de résolution immédiate du problème de remplacement des enseignants ». Depuis le début de l'année scolaire, dans les vingt-huit écoles de la commune, les parents d'élèves d'Epinay-sur-Seine ont recensé 630 journées d'absences non remplacées, soit une tous les quatre jours. « Nous nous basons sur les statistiques des établissements qui ont bien voulu nous répondre et sur les témoignages des parents d'élèves, détaille Mathieu Glaymann. L'inspecteur de la circonscription conteste nos chiffres mais, en interne, des gens de l'éducation nationale nous ont confirmé qu'ils étaient justes. »

Selon la FCPE, plusieurs raisons expliquent ces absences massives. Tout d'abord, Epinay-sur-Seine est excentré à l'extrême ouest de son département. Cela « entraîne régulièrement le désistement d'enseignants remplaçants sur des postes pourtant existants », estime le courrier. Par ailleurs, en Seine-Saint-Denis plus que dans d'autres départements, beaucoup d'instituteurs demandent de changer d'affectation dès leur première année. « Ils étaient 47 % en 2009, soit 8 % de plus que la moyenne nationale, indique Mathieu Glaymann. Nous n'avons pas le chiffre pour Epinay-sur-Seine mais nous soupçonnons qu'il est encore plus élevé. »

 

Contingent insuffisant de remplaçants

Dans sa lettre à la Halde, la fédération précise qu'à Epinay, 84 % des absences d'enseignants du premier degré ne sont pas palliées. En cause, un contingent insuffisant de remplaçants. Les parents d'élèves n'en recensent que vingt-quatre, dont huit en congés de longue maladie ou de maternité. Ainsi, seulement seize remplaçants seraient actifs pour un total de 276 classes dans la commune. La fédération en réclame vingt-huit.

Les parents d'élèves d'Epinay-sur-Seine ont démarré leur lutte en début d'année. Ils occupent le bureau de la directrice de l'école maternelle Jean-Jaurès sud depuis le 11 janvier. Ponctuellement, ils ont occupé vingt écoles le 7 février puis seize le 7 mars. A l'appel de la FCPE de Saint-Denis et des syndicats enseignants, ils participeront à une journée « école morte » le 31 mars pour protester contre les réductions d'effectifs. « A cette occasion, annonce Mathieu Glaymann, nous appelons tous les instituteurs du département à faire grève et tous les parents d'élèves à occuper, comme nous, les écoles. »

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié sur lemonde.fr, le 13/03/2011, dans la rubrique société.

Du bac pro à Sup de Co, le cursus suivi par Salloumou Keïta est plutôt singulier. Collégien « mauvais et dissipé » selon ses termes, il s’oriente vers une filière professionnelle. Il y enchaîne un brevet d’enseignement professionnel (BEP), un baccalauréat professionnel puis un brevet de technicien supérieur (BTS). « Je n’avais jamais pensé à faire de longues études », indique le natif du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), aujourd’hui âgé de 23 ans. « Dans ma famille, tout le monde travaille tôt », raconte-t-il. Et cela aurait aussi pu être son cas. A bac+2, sa carrière est toute tracée. BTS en poche, il sera responsable de magasin. Mais c’était compter sans le dispositif « double ascension ».

Il s’agit d’un partenariat mis en place à la rentrée 2009 entre quatre établissements : le lycée Jean-Renoir de Bondy, l’IUT de Bobigny, l’université Paris-XIII et ESCP Europe, une grande école de commerce. BTS ou DUT en poche, les élèves bondynois et balbyniens peuvent s’inscrire directement en troisième année de licence dans la faculté parisienne. L’objectif est de les mettre à niveau pour passer le concours aménagé – exclusivement oral – d’ESCP Europe. En plus du programme, les étudiants suivent des modules de rattrapage en mathématiques, culture générale et langues, et préparent un projet professionnel qu’ils soutiendront au moment de l’admissibilité. L’école prend en charge les 11300 euros de frais de scolarité annuels des admis.

 

« Généralisable »

Onze élèves ont inauguré le dispositif en 2009-2010. Dix ont validé la licence ; cinq ont été admis à ESCP Europe. Parmi eux, Salloumou Keïta. « Jusqu’à la rentrée, je ne réalisais pas que j’étais en école de commerce, c’était inconcevable », confie-t-il.

Cette année, dix-huit élèves de la Seine-Saint-Denis, décomplexés, espèrent suivre le même chemin. « C’est une occasion énorme, et nous n’avons pas le droit à l’erreur », lâche Charlène Amable, 22 ans. Elle veut intégrer ESCP Europe pour créer un salon de coiffure ethnique low cost.

La prestigieuse école ne s’est pas engagée dans le projet par « civisme », assure Pierre-Arnaud Moreau-Portejoie, chargé de mission diversité au sein de l’établissement. Il estime que les anciens élèves de filières professionnelles et technologiques sont un « gain » pour l’école. « Ils apportent leur pragmatisme, leurs compétences opérationnelles, se réjouit-il. Ils comblent leurs lacunes méthodologiques grâce à une motivation débordante et une vraie soif d’apprendre. »

Confortés par les débuts prometteurs de « double ascension », les promoteurs du dispositif souhaitent l’élargir. « Le modèle est généralisable, garantit M. Moreau- Portejoie. D’autres pourraient s’en inspirer. » De son côté, le lycée Jean-Renoir de Bondy compte lancer un partenariat similaire avec l’Ecole de management de Lyon.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le supplément Education du journal Le Monde, du 09/03/2011, en page 3.

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