L’université parisienne est la première d’Europe à se doter d’un
androïde.
« Bonjour, je m’appelle Nao, je mesure 58 centimètres et je pèse 5 kg… sans faire de régime. » Debout sur une table, un robot humanoïde s’improvise star du stand-up. La voix est nasillarde, le débit lent et l’humour basique. La magie opère pourtant et l’assistance est conquise.
Cette scène ne se passe pas dans un cabaret futuriste, mais à l’université Paris-Descartes. L’établissement a acheté Nao en décembre 2010, devenant la première faculté européenne à acquérir l’androïde de conception française dans le cadre d’un programme d’éducation.
Au-delà de l’aspect ludique, l’intérêt du robot est bien sûr pédagogique. Depuis la mi-février, une quinzaine d’étudiants en licence et en master d’informatique l’utilisent comme support de programmation. Répartis en cinq groupes, ils doivent lui apprendre à faire une dictée, à jouer au Puissance 4, ou à communiquer avec ses congénères.
Les étudiants sont aux anges. « C’est un rêve qui se réalise, s’extasie Ramy Temim, en troisième année de licence d’informatique. Quand j’ai appris que j’allais travailler avec Nao, j’étais euphorique, j’avais les yeux qui brillaient. »
Avec trois camarades, il planche sur un logiciel qui permettra au robot de dessiner des portraits. « Le système est simple : Nao prendra le modèle en photo et le reproduira le plus fidèlement possible », détaille Ramy. En attendant de commencer à programmer, les quatre étudiants ont déjà baptisé leur futur « artistoïde », Nao de Vinci.
« C’est comme un jeu »
De leur côté, Lyes Kharfallah et Jérémy Darchy sont déjà dans la phase de programmation. Ils doivent transformer le robot en ambassadeur de Paris-Descartes, capable de répondre à des questions sur l’université. Les deux apprentis-programmeurs sont attentifs au moindre détail. « On essaye de lui enseigner des attitudes humaines en lui apprenant, par exemple, à se gratter la tête comme s’il réfléchissait », explique Jérémy.
Les étudiants sont épaulés par les enseignants-chercheurs David Janiszek et Damien Pellier, les deux initiateurs du projet Nao. Selon eux, l’androïde est un outil pédagogique exceptionnel. « Grâce à lui, les étudiants constatent immédiatement les applications concrètes de leur travail, fait remarquer David Janiszek. Cela décuple leur motivation. »
Preuve de cet enthousiasme, les étudiants ne comptent plus leurs heures. « Généralement, quand on termine un projet, on passe tout de suite à autre chose, indique Celia Gomez, une des coéquipières de Ramy Temim. Avec Nao, ce n’est pas pareil. C’est comme un jeu. On essaye d’en profiter au maximum. » Pour ce faire, les plus motivés ont même fait l’impasse sur leurs vacances de février.
Enchantés par les retours des élèves, David Janiszek et Damien Pellier souhaitent que leur université se dote de nouveaux robots Nao, pour pouvoir satisfaire plus d’étudiants. A long terme, ils rêvent d’acquérir Romeo, le grand frère de Nao, encore en développement chez la société française Aldebaran Robotics. Il mesurera 1,40 m et sera capable de soulever un homme.
Jean-Philippe Chognot
Article publié dans le supplément Education du journal Le Monde, du 09/03/2011, en page 2.
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