-30 contre Nancy dimanche, -17 contre l’ASVEL et, plus grave, -13 à la maison contre Besançon et -11 au Havre. Deux jokers ont déjà été grillés (JamesOn Curry et Omar Thomas) et le
pivot américain, Hiram Fuller, n’est que l’ombre de lui-même. L’Élan Béarnais Pau-Lacq-Orthez est en grand danger.
« On s’attendait à un début de saison compliqué mais pas à ce point-là », soupirait, dans une litote, Frédéric Moncade, avant la dérouillée reçue au Palais, dimanche, des mains du SLUC
Nancy (59-89). Inexorable naufrage (-10 après un quart-temps, -18 à la mi-temps, etc.). Jamais l’écart n’a été aussi grand entre le nonuple champion de France et l’actuel détenteur du sceptre.
Pas de quoi remonter le moral au meneur béarnais. La réalité est sans pitié : zéro victoire, quatre défaites, et la dernière place en compagnie de Vichy. Avec un déplacement à Roanne samedi
prochain, puis la réception de Vichy, match le plus important du club depuis… depuis quand ?
Il y a seulement cinq ans, le Pau des Diaw, Lukovski, Julian et autres Piétrus avait terminé la saison 2002-2003 avec trois petites défaites au compteur. Il y a seulement deux ans, l’Élan
atteignait le Top 16 de l’Euroleague et soulevait la Coupe de France. Cette ère est désormais révolue. « On souffre beaucoup de la comparaison avec le Pau de la grande époque », regrette
Claude Bergeaud, directeur exécutif depuis l’été. « Cette saison, on est reparti d’une feuille blanche. » Et la page est toujours blanche.
Depuis l’entame du championnat, Pau-Lacq-Orthez développe un jeu d’une pauvreté jamais vue sur les bords du Gave. La défense est aux abonnés absents – 90 points encaissés en moyenne – tandis que,
de l’autre côté du terrain, l’attaque manque cruellement de créativité et de collectif. « Au niveau offensif, on n’est pas assez patients sur certaines actions parce qu’on manque de liant et
d’expérience. Défensivement, on doit régler une somme de détails. On accumule les petites erreurs qui font gonfler le score », précise Moncade le meneur formé au club.
L’une des explications de cette gabegie est incontestablement le manque d’impact des joueurs américains recrutés à l’intersaison. Ceux-ci semblent branchés sur courant alternatif, pour être
indulgent, et surtout ne sont pas en mesure d’encadrer efficacement les jeunes pousses. Premier match contre Besançon, seul Omar Thomas surnage (20 points et 5 rebonds) alors que ses trois
compatriotes – Josh Duncan, JamesOn Curry et Hiram Fuller – ne cumulent que 13 d’évaluation. Rencontre suivante à l’Astroballe, le contingent plafonne à 24. Face à ce constat, des changements
s’imposent et c’est Curry (-1 d’éval moyenne !) qui en fait les frais au profit d’Andre Emmett. « JamesOn n’a jamais réussi à s’adapter à notre type de jeu », constate le direx. «
C’est une déception car il devait être un de nos leaders. »
Fuller prochain coupé ?
L’arrivée d’Andre Emmett se fait immédiatement sentir au Havre et face à Nancy où il inscrit 28 puis 18 points. « Notre jeune équipe avait bien besoin d’un joueur expérimenté comme Emmett qui
a déjà joué à rytas (Vilnius, ndlr) et en Belgique (à Liège, ndlr) où il a terminé top-scorer », note Moncade. Après la défaite aux Docks Océanes, Omar Thomas, pourtant pas le plus mauvais,
fait à son tour ses valises. L’international iranien Samad Nikkhah, qui s’entraîne depuis deux semaines avec l’équipe, lui succède. « On s’est vite aperçu qu’Emmett et Thomas avaient le même
profil et qu’ils auraient du mal à jouer ensemble », explique Claude Bergeaud. « On s’est alors orienté vers Samad, un joueur plus ‘‘basket’’ capable de mettre la balle à l’intérieur, de
tirer extérieur… »
Ces deux arrivées n’ont pas empêché les Béarnais de subir la loi des Normands puis des Lorrains. « Le calendrier ne nous est pas favorable. On affronte coup sur coup deux équipes le niveau
Euroleague, une qui la joue, Nancy, et une qui la jouait l’année dernière, Roanne », déplore Frédéric Moncade. La réception de Vichy, également fanny, s’apparentera donc déjà à un match de
la mort.
L’éclaircie Heurtel
Si jamais les choses tournaient mal, un troisième Américain pourrait être mis sur la sellette : l’intérieur Hiram Fuller. L’ancien Bulldog de Fresno State n’a pas encore réussi à aboyer
cette saison. Il est très loin de son niveau entrevu il y a deux ans à Pau : 13,4 points et 6,9 rebonds pour 15,7 d’évaluation à l’époque contre seulement 6,5 points, 5,0 rebonds et 2,5 balles
perdues pour 6,2 d’évaluation cette saison. Pour l’instant, Fuller ne remplit pas le rôle de leader intérieur qui lui est dévolu. « Cette année, il a eu deux grosses douleurs familiales et il
en est très perturbé », révèle Claude Bergeaud. Il ajoute : « Le coach travaille en ce moment pour qu’Hiram devienne efficace. Si le garçon n’y arrive pas, on envisagera de le couper.
»
Le pivot US n’est toutefois pas le seul big man dans le collimateur. Son compère dans la raquette, Ludovic Vaty, ne montre également pas toute l’étendue de son potentiel. « Ludo a un peu la
tête dans le seau. Il joue comme quelqu’un qui est en fin de carrière. Il est méconnaissable : pas d’énergie, pas de gaz », désespérait l’Ariégeois avant la réception du SLUC. Face au
champion de France, Vaty a relevé la tête (14 points et 11 rebonds). Performance à confirmer.
Autres déceptions : l’ex-Rémois Antoine Mendy et le jeune Portugais Fernando Raposo. L’ailier n’a jamais confirmé dans le Béarn ses performances marnaises. En ce début de saison, il souffre d’une
grosse panne d’adresse (5/20 en quatre matches) et force souvent ses tirs. Son évaluation est éloquente : 1,0 en 15 minutes ! De son côté, l’intérieur de dix-neuf ans a bien du mal à concrétiser
les promesses entrevues la saison passée, souvent handicapé qu’il est par les fautes (3,2 en 13 minutes). Mais, au fond, fallait-il attendre monts et merveilles de ces joueurs cette année ?
Seule éclaircie dans la grisaille paloise : Thomas Heurtel. Aperçu 38 minutes seulement sur les parquets de Pro A la saison passée, le jeune meneur assume parfaitement ses nouvelles
responsabilités. À l’évaluation (12,5), le Montpelliérain est même l’un des meilleurs à son poste. Son culot, sa clairvoyance – 4,0 passes par rencontre – et sa sélection de tir – 58% de réussite
dont 52% derrière l’arc – font merveille. Dans une moindre mesure, l’arrière novice Lamine Sambe parvient également à profiter du marasme béarnais pour se mettre en valeur bien que l’arrivée
d’Andre Emmett ait sensiblement réduit son temps de jeu.
« Nos jeunes ont montré qu’ils ont de très belles capacités. Maintenant, il faut que les joueurs étrangers et de complément apportent de la stabilité pour leur permettre de se développer
», préconise Frédéric Moncade. « On doit rester optimiste. On est encore très loin de notre niveau potentiel mais l’équipe est construite pour progresser au fil des matches. À nous de
jouer beaucoup plus collectivement, de prendre de l’expérience. Les victoires suivront. » Plus facile à dire qu’à faire.
Jean-Philippe Chognot
Article publié dans le BasketNews du 30/10/2008, en page 6.
Photo : Pascal Allée / Hot Sports