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basket-feminin.jpg Malgré les bonnes performances de son équipe nationale, le basket féminin français peine à attirer de nouvelles licenciées.

Le basket féminin français est à la fête. Championne d’Europe l’année dernière, l’équipe nationale aborde avec ambition le prochain championnat du monde (23 septembre au 3 octobre). Pourtant, cette dynamique positive ne provoque aucune émulation chez les amateurs. La preuve en chiffres : le nombre de licenciées stagne à environ 178.000 depuis deux ans. La proportion de féminines est même en légère baisse par rapport au total des licenciés de la Fédération française de basket-ball (FFBB).

« Les résultats des Bleues n’ont absolument aucun impact sur nous, confirme Agnès Sylvestre, présidente du Paris Basket 18, club féminin du XVIIIe arrondissement. D’ailleurs, la plupart de nos jeunes ne connaissent pas l’équipe de France et beaucoup n’ont même jamais regardé de match à la télévision. »

La structure dirigée par Agnès Sylvestre accueille 85 joueuses. Parmi elles, peu suivent l’actualité de la balle orange. « Bien sûr, quelques-unes s’intéressent au basket professionnel mais c’est une minorité, témoigne Assitan Diarra, 17 ans, ailière de l’équipe cadette. Dans l’ensemble, entre coéquipières, nous avons le même type de conversations que les autres filles de notre âge. »

Les seules Bleues que les joueuses du Paris Basket 18 suivent avec intérêt sont les moins de seize ans. Cette sélection compte en effet dans son effectif deux de leurs anciennes coéquipières. Désormais en centre de formation, Awa Sissoko et Olivia EpOùpa ont remporté cet été la médaille de bronze au championnat d’Europe.

Jean-Philippe Chognot

 

La fédération affiche complet

Selon le dernier décompte, la Fédération française de basket-ball compte 456 036 licenciés. En hausse sur les dernières années, cette statistique devrait stagner dans les années à venir, par manque de place. « Nous pouvons difficilement accueillir plus de monde, assure Julien Guérineau, de la FFBB. Il n’y a pas assez de salles. En plus, dans les installations actuelles, nous sommes déjà en concurrence avec d’autres sports comme le futsal et le handball pour obtenir des créneaux. » La situation est particulièrement mauvaise à Paris. « A chaque fois que nous demandons plus de créneaux, la mairie de Paris nous les refuse », regrette Julien Guérineau, qui dirige un des 52 clubs de la capitale.

2010-09-15 019 ALa Sécurité routière a lancé hier une campagne pour sensibiliser les conducteurs à la vulnérabilité des utilisateurs de deux-roues motorisés. Ceux-ci dénoncent le manque de vigilance des automobilistes.

Romain a eu chaud. Casque et combinaison noirs, le motard de 32 ans vient d’éviter la chute de justesse. Une berline rouge lui a coupé la route sans prévenir, sur la place de l’Étoile à Paris. « Les automobilistes ne font vraiment pas attention aux deux-roues, peste-t-il. Rouler dans Paris est un numéro d’équilibriste ; si l’on n’est pas vigilant, on frôle l’accident toutes les cinq minutes. » Ce sentiment d’insécurité se traduit dans les chiffres : 1 187 usagers de deux-roues motorisés sont morts sur les routes en 2009, selon la Sécurité routière.

Cette dernière a lancé hier une campagne de communication pour faire prendre conscience aux conducteurs de la vulnérabilité des utilisateurs de deux-roues. Des autocollants seront placés sur un million de véhicules en France, dont 200 000 dans la capitale. On pourra y lire des messages de prudence. Par exemple : « Salut, je m’appelle Thomas et je suis motard. Vous me croiserez peut-être sur votre prochain trajet. Merci de faire attention à ma vie. »

Marc Bertrand, chargé de la Sécurité routière à la Fédération française des motards en colère (FFMC), accueille l’opération favorablement. Il estime que la plupart des accidents sont dus à un manque de vigilance des automobilistes. « Il est très fréquent que les conducteurs oublient de mettre leurs clignotants quand il y a du trafic. »

 

Dans la peau d’un motard

Benjamin, 24 ans, a connu une telle mésaventure, fin août autour de la place de l’Étoile. « Une voiture a grillé ma priorité, m’a doublé par la droite et m’a fait une queue-de-poisson. Je suis tombé en essayant de l’éviter, raconte-t-il. J’ai eu beaucoup de chance parce que j’aurais pu me faire très mal. » Le véhicule qui l’a renversé était immatriculé dans les Yvelines. Ce n’est pas un hasard selon Eric, conducteur de scooter. « J’ai remarqué que les Parisiens font plus attention aux deux-roues que les provinciaux ou les banlieusards, note le père de famille de 42 ans. Ils sont plus habitués à cohabiter avec nous. »

Pour familiariser l’ensemble des automobilistes aux deux-roues, les Motards en colère préconisent de réformer l’apprentissage de la conduite automobile. « Nous demandons que, dans les autoécoles, les apprentis conducteurs montent au moins une fois à l’arrière d’une moto pour se mettre dans la peau d’un motard », recommande Marc Bertrand.

De leur côté, beaucoup d’automobilistes rejettent la responsabilité sur les comportements à risque deux-roues. Pierre, 62 ans, soutient ce point de vue. « Le principal problème, ce sont les livreurs et les conducteurs de scooters. Ils roulent vite, ils vous passent devant, vous doublent, vous engueulent… Ce sont des dangers publics », conclut-il.

Jean-Philippe Chognot

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Le basketball est le sport numéro un au Liban. Qualifiée pour son troisième Championnat du monde consécutif, l’équipe nationale est pourtant l’arbre qui cache la forêt.

23 août 2006, Sendai-City Gymnasium (Japon). Dans une arène dégarnie, Rony Fahed, Fadi El Khatib, Joe Vogel, Brian Beshara… – soit autant de David – terrassent les Goliath français made in NBA. Score final : 74-73. Pour la délégation tricolore, la défaite est inquiétante mais sans conséquences. Côté libanais, cette soirée nipponne est bien plus significative. Elle est historique. Grâce à cet exploit, le pays du Cèdre se révèle aux yeux de la planète basket. « Désormais, le Liban est respecté par les autres équipes », assure Ghassan Sarkis, ancien coach de la Sagesse et de la sélection, actuellement en poste à Champville.

Au-delà de ce fait d’armes, le basket libanais s’impose dans la durée. L’équipe nationale va participer à son troisième Championnat du monde consécutif cette année. La dernière qualification n’a cependant pas été gagnée sur le terrain, contrairement aux précédentes. Les Levantins ont échoué à la quatrième place du championnat d’Asie 2009 et doivent leur présence au Mondial à une wildcard de la FIBA. L’invitation a coûté 500.000 euros à la fédération libanaise. Si cette dernière s’en félicite, au Liban, nombreux sont les détracteurs de ce mode de qualification. À commencer par Fadi El Khatib, le héros national. Elie Nassar, chef des sports au quotidien al-Balad, est du même avis : « Avec les 500.000 euros, on aurait pu détecter et former une centaine de joueurs de talent. »

Le journaliste pointe ainsi le problème majeur du basketball libanais : la formation. « Cela doit être le chantier prioritaire de la fédération », insiste Ghassan Sarkis, dont les qualités de pédagogue sont reconnues. Fadi El Khatib abonde dans le même sens : « Le Liban recèle beaucoup de jeunes talents mais on ne se donne pas les moyens de les découvrir. » La faille ? Une quasi-absence de compétitions de jeunes. « La saison passée, il n’y avait qu’un championnat pour les moins de 18 ans, c’est tout », regrette Coach Sarkis. « Il faut absolument pérenniser des compétitions dans toutes les catégories d’âge, comme à l’époque de la grande Sagesse. Si les jeunes ne jouent pas de matches, ils ne progressent pas et se détournent du basket. »

 

Sans-titre-copie-12.jpgDifficile de s’exporter

Cette formation défectueuse est d’autant plus dommageable qu’il existe un vivier de basketteurs talentueux au Liban. Cette année, l’équipe nationale juniors a terminé le championnat d’Asie de l’Ouest U18 invaincue. Cette génération 1992 est tirée vers le haut par Ahmad Ibrahim. Le jeune extérieur suit un cursus américain au sein de la Patterson High School. Il s’est révélé lors du championnat d’Asie U18 en 2008, tournant à 32,5 points de moyenne à seulement 16 ans. « Il est très talentueux mais les deux prochaines années vont être cruciales pour lui », estime Ghassan Sarkis, qui entraîne la sélection juniors. En septembre, Ibrahim pourrait accompagner ses aînés en Turquie.

« Si l’on prend en charge ces jeunes correctement, le Liban a le potentiel pour devenir la place forte du basketball asiatique », garantit Elie Nassar. Comme lui, la majorité des acteurs locaux sont convaincus que leur pays est capable de dépasser la Chine et l’Iran à court ou moyen terme. La sélection libanaise aura l’occasion de confirmer ce pronostic dès l’été 2011, lors du prochain championnat d’Asie. Beyrouth est un candidat sérieux pour organiser la compétition. « Si nous jouons à domicile, nous avons entre 60 et 70% de chances de remporter notre premier titre continental l’année prochaine », anticipe Fadi El Khatib, optimiste.

Malgré leurs qualités et leur potentiel, les joueurs libanais peinent à s’exporter dans des ligues majeures. Parmi les Libanais de naissance, seul El Khatib a récemment évolué en Europe, en 2007 aux Cherkassy Monkeys (Ukraine). « C’est très difficile pour nous à cause de notre statut d’extracommunautaires », explique le joueur. « Les clubs européens préfèrent souvent prendre des Américains qui sortent de l’université plutôt que des Libanais. » Ghassan Sarkis partage cette analyse : « C’est aussi pour cette raison que les agents se désintéressent du marché libanais. De nombreux joueurs pourraient jouer en Europe s’ils avaient un passeport européen. »

Cette situation est peut-être un mal pour un bien. « Cela nous permet de conserver nos meilleurs joueurs dans notre ligue », positive Georges Barakat, président de la fédération libanaise. Sur les vingt-deux internationaux de la première présélection pour le Mondial turc, quatorze ont porté un maillot libanais toute la saison passée. Cela donne la possibilité aux clubs locaux d’affronter les yeux dans les yeux leurs homologues jordaniens, iraniens ou chinois dans les compétitions continentales. Au printemps, le Sporting Riyadi Beyrouth a par exemple remporté le championnat panarabe et terminé troisième du championnat d’Asie. « Les deux meilleures équipes libanaises, Riyadi et Champville, pourraient clairement remporter l’EuroChallenge et aller loin en Eurocup », défend Fadi El Khatib.

 

Instabilité financière

Sur le plan économique, la ligue est très hétérogène. Les budgets des huit équipes de première division s’étalent de 200.000 à 2 millions de dollars, essentiellement alloués à la masse salariale. Grâce au soutien de la famille Hariri, Riyadi est le club le plus nanti. Suivent des équipes comme Champville ou le Moutahed Tripoli, aux alentours du million de billets verts. Du côté des joueurs, le Libanais le plus rémunéré est Fadi El Khatib qui touche « entre 250 et 300.000 dollars par saison sans les bonus » à Champville. Derrière lui, son compatriote le mieux payé culmine autour de 100.000 dollars. Quant aux étrangers – maximum trois par équipe dont deux sur le terrain –, ils signent généralement des contrats de courte durée dont le salaire mensuel peut atteindre 30.000 dollars pour les meilleurs. « Comme il n’y a pas de loi sur le sport professionnel, ils touchent leur argent au noir et ne payent pas d’impôts », déplore Elie Nassar.

Pour beaucoup d’observateurs, l’instabilité financière est l’obstacle majeur qui empêche le basket de progresser davantage. Les clubs libanais reposent quasiintégralement sur le mécénat de leur président. « Le problème, c’est que nous n’avons pas de sponsors », explique Ghassan Sarkis. « En Europe et en Amérique, les concessionnaires automobiles, les banques, etc. aiment investir dans le sport. Pas au Liban. Les sponsors sont le chaînon manquant pour atteindre des budgets plus élevés, de meilleurs salaires et un niveau supérieur. »

Ces lacunes économiques vont de pair avec un manque de professionnalisme. L’Américain Tab Baldwin en est témoin. Le nouveau sélectionneur de l’équipe nationale apporte son regard extérieur : « Ici, la plupart des clubs ne s’entraînent pas deux fois par jour alors que c’est la base en Europe. D’après ce que me disent mes joueurs, les staffs des clubs et leurs infrastructures sont également limités. » Ghassan Sarkis est conscient de la situation. Il la justifie ainsi : « On en revient toujours au manque d’argent. Comme les joueurs ne sont pas assez payés, on ne peut pas leur demander de ne pas travailler ou de ne pas étudier pour s’entraîner plus. Concernant les staffs, toutes les équipes ont un coach, un assistant et un préparateur physique. Mais souvent, les autres membres sont bénévoles. »

 

s.jpg Baisse de popularité

Malgré toutes ces imperfections, le basket reste le sport le plus populaire et le plus pratiqué avec ses 13.000 licenciés. « Un jour, j’ai même vu des gamins jouer avec une chaise trouée en guise de panier », raconte Elie Nassar. En conséquence, le basket est également le principal sport couvert par les médias. La saison passée, la chaîne grand public Future TV diffusait une rencontre de championnat par journée. « Les audiences dépendent des affiches mais, en moyenne, elles tournent autour de 17/18% », indique le journaliste d’al-Balad.

Si ces parts d’audience font rêver le basket français, elles sont révélatrices d’une baisse de popularité du basket libanais depuis le milieu des années 2000. Autre indicateur : la disparition des deux magazines spécialisés, Blockshot et Timeout. Le premier cité pourrait toutefois reparaître à la rentrée. « Au Liban, il n’y a plus de marché pour cette presse ultraspécialisée », admet Elie Nassar. Il est loin le temps où les exploits de la grande Sagesse pouvaient captiver quelques 35% de téléspectateurs devant la chaîne LBC. « À l’époque, al-Balad traitait une journée de championnat sur une double-page. Nous y consacrons désormais moins d’une page », compare le journaliste sportif.

À la fédération, les dirigeants du basket libanais se satisfont de cette couverture médiatique. « Les médias parlent de basket même quand il ne se passe rien. Ils parlent de ce qui va bien, de ce qui ne va pas bien… », sourit jaune Georges Barakat. Cet été, la presse a surtout eu l’occasion de parler des tourments de la fédération. L‘ex-président Pierre Kakhia et neuf membres du board sur treize ont démissionné en juin, provoquant des élections anticipées. « La fédération était devenue une scène de one-man-show pour son président », dénonce Elie Nassar. « Kakhia est parti parce qu’il s’est retrouvé en minorité, étant pro-Hariri alors que la large majorité des clubs sont chrétiens. » Pour le moment, son successeur Georges Barakat fait l’unanimité. « Il a l’expérience pour comprendre le basket bien mieux que ses prédécesseurs », conclut Ghassan Sarkis, plein d’espoir. Cet espoir nostalgique de ressusciter les années Sagesse.

Jean-Philippe Chognot, à Beyrouth

 

Article publié dans le MaxiBasket d'août-septembre 2010, en page 86-89.

 

La Sagesse, naissance du basket libanais

 

http://www.rabihdagher.com/blog/wp-content/uploads/2009/05/sagesse-logo2.jpgEntre 1994 et 2004, la Sagesse de Beyrouth a remporté huit championnats nationaux, sept coupes du Liban, trois championnats d’Asie des clubs – record absolu – et deux championnats panarabes. Cette décennie dorée correspond à la naissance du basket professionnel au Liban.

Faites du basket, pas la guerre. C’est le message qu’a véhiculé la Sagesse de Beyrouth au début des années 1990. Au sortir de quinze années de guerre civile (1975-90), le baron des médias Antoine Choueiri – mort le 9 mars 2010 – décide de faire du basket le sport national libanais. Il prend les rênes de la Sagesse et donne carte blanche à son entraîneur Ghassan Sarkis. « La première fois qu’il m’a contacté, il m’a dit qu’il voulait gagner le championnat panarabe et celui d’Asie avec la Sagesse. J’ai d’abord cru qu’il était fou mais il m’a dit qu’il me supporterait, quoi que j’aie besoin techniquement – des clinics, des camps, etc. »

« Le président Choueiri investissait beaucoup d’argent dans l’équipe, quelque quatre ou cinq millions de dollars par an », assure Elie Nassar, du quotidien al-Balad. « En contrepartie, les recettes publicitaires de sa chaîne LBC, qui retransmettait les matches, allaient dans sa poche. » La méthode Choueiri porte vite ses fruits puisque la Sagesse fait le doublé coupechampionnat dès 1994.

Les succès continentaux ne se font pas attendre. En 1998, la Sagesse devient la première équipe libanaise à gagner le championnat panarabe. L’année suivante, c’est la consécration. Les troupes de Coach Sarkis font le quadruplé en conservant leurs titres et en triomphant lors du championnat d’Asie des clubs. « Il y avait 500.000 Libanais dans les rues pour les célébrer et le parcours entre Jounieh et Beyrouth (17 kilomètres, NDLR) a duré trois heures et demie », raconte Georges Barakat, président de la fédération. « Cette victoire, se souvient Ghassan Sarkis, a fait exploser le basket au Liban. »

J.-Ph. C., à Beyrouth

 

Article publié dans le MaxiBasket d'août-septembre 2010, en page 89.

Fadi.jpgFadi El Khatib est le porte-drapeau du sport levantin. De la Sagesse à l’équipe nationale, il est le dénominateur commun du basketball libanais des deux décennies écoulées. Désormais, l’ailier de Champville nourrit deux objectifs prioritaires : se qualifier pour les Jeux olympiques de Londres et, surtout, faire émerger une nouvelle génération capable de reprendre son flambeau.

 

Que représente pour vous la troisième participation du Liban au Championnat du monde ?

De mon point de vue, ce Championnat du monde n’est pas important. J’y ai déjà joué à deux reprises dans le passé. Ce que j’ai accompli dans ma carrière va bien au-delà d’une simple participation à cette compétition. Ce qui m’importe, c’est le championnat d’Asie 2011 qualificatif pour les Jeux olympiques de Londres. En plus, ce Mondial m’est presque égal parce que je voulais y aller en me qualifiant sur le terrain. Pas en obtenant une wildcard. Je pense que notre participation est une mauvaise chose et que les gens vont dire : « Si le Liban est ici, c’est parce qu’il a payé. »

 

Depuis le début de votre carrière, vous n’avez joué que six mois à l’étranger. Pourquoi une telle fidélité ?

Je suis le genre de personne qui ne peut pas quitter son pays, sa famille, ses amis. Je fonctionne à l’affectif et je ne peux pas supporter de rester loin du Liban. Pourtant, j’ai eu de nombreuses offres d’Europe et d’ailleurs. J’en reçois toujours aujourd’hui. J’ai été choisi en 2003 par les Clippers mais j’étais sous contrat avec la Sagesse. J’ai eu des offres françaises, grecques, italiennes, russes… En 2007, Elias Zouros, qui avait entraîné au Liban auparavant, voulait me faire venir à Paris. On m’a aussi proposé un contrat très lucratif de quatre ans en Ukraine, que j’ai refusé pour rester à la maison. C’est la seule raison.

 

Vous avez tout de même tenté votre chance en Ukraine en 2007, aux Cherkassy Monkeys…

Oui et cela reste une très bonne expérience. Mon contrat s’élevait à 2,3 millions d’euros sur trois ans sans les bonus. J’ai marqué 37 points dès mon premier match. J’étais le meilleur marqueur de la ligue et le joueur qui a reçu le plus de voix pour le titre de MVP. J’ai été performant contre Khimik, Kiev et Mariupol. Mais au bout de six mois, je ne pouvais plus supporter la météo, le mode de vie… J’avais le mal du pays. Ma famille vivait à cheval entre l’Ukraine et le Liban. L’année suivante, mes enfants allaient commencer l’école au Liban et j’aurais donc été éloigné des miens. Je ne pouvais pas rester.

 

En marge de votre carrière de joueur, vous gérez plusieurs affaires. En quoi consistent-elles ?

Je dirige une entreprise de fret maritime. Nous expédions des marchandises par bateau. A côté de cela, je suis en train de monter un gros business avec un ami. Nous créons Sportsville, mon académie officielle de basketball. Elle doit ouvrir début septembre. Mon objectif est de repérer de nouveaux talents au Liban et de leur offrir l’occasion de progresser à mes côtés. Nous prévoyons d’accueillir environ 500 enfants de 4 à 19 ans que nous répartirons par tranches d’âge. Ils s’entraîneront les samedis et dimanches entre 9 et 15 heures et seront totalement pris en charge. Je vais m’y impliquer personnellement en tant que coach-formateur.

 

Que manque-t-il au basket libanais pour encore progresser ?

Le Liban est trop petit. Nos équipes ne disposent pas des revenus et des sponsors des équipes européennes. Chez nous, les clubs reposent sur le mécénat de leur président ou des hommes politiques… Ici, les entreprises préfèrent soutenir les chanteurs, plutôt que le sport. Pourtant, le basket est quelque chose d’énorme au Liban. Je pense que c’est une aubaine pour tout le monde de s’y impliquer. Lorsque les entreprises financent un chanteur, c’est du one-man- show, alors que lorsqu’elles mettent de l’argent dans le basket, cela profite à tout le pays. Cela permet au Liban de viser plus haut.

Propos recueillis par Jean-Philippe Chognot, à Beyrouth

 

Article publié dans le MaxiBasket d'août-septembre 2010, en page 88-89.

L-Orient.jpgIl restera à jamais l'« immeuble de L'Orient ». Le bâtiment édifié dans les années 1920 est le dernier vestige du Beyrouth d'avant la guerre civile, aux abords des nouveaux souks ultramodernes. En ruine depuis 1975, l'édifice devrait être restauré d'ici à trois ans.

Un anachronisme, une anomalie, un mirage... Les ruines de l'« immeuble de L'Orient » dénotent, dans le centre-ville neuf et aseptisé de Beyrouth. Au cœur des nouveaux souks, il côtoie des bijouteries clinquantes, des friperies tape-à-l'œil et des bistrots sans cachet. Sa présence débraillée paraît être un alibi d'authenticité en ce royaume de modernité. La bâtisse, bien qu'en guenilles et couverte de stigmates, recèle toujours le charme suranné des temps jadis.

« C'est un bâtiment extraordinaire comme on n'en fait plus, assure Christian Merville, qui était à l'époque à L'Orient. Ses dimensions sont impressionnantes, avec des pièces de six mètres sur cinq et une hauteur de plafond de plus de quatre mètres. »

L'édifice, dont la façade ocre semble l'œuvre d'une dentellière, sort de terre dans les années 1920, sous le mandat français. Au cours de la décennie suivante, l'immeuble est acheté par la Société foncière pour la construction des frères Asseily. Ils y installent les bureaux de leur usine de filature et y accueillent rapidement leur plus illustre locataire.

« À l'origine, les locaux de L'Orient se trouvaient dans un bâtiment mitoyen. En grandissant, le journal s'est naturellement installé dans l'immeuble des Asseily, raconte le journaliste. Au fil des années, L'Orient a grappillé de plus en plus de bureaux jusqu'à en occuper la quasi-totalité. À la fin, notre imprimerie était au sous-sol, notre rédaction s'étalait sur les trois premiers niveaux et l'administration était au quatrième. » Le quotidien d'expression française cohabite alors avec la Banque de Syrie et du Liban et avec les Asseily, respectivement au quatrième et au deuxième palier.

 

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 Les derniers potins

Désormais, l'un des piliers de L'Orient-Le Jour, Christian Merville, remonte dans le temps avec délectation : « L'atmosphère était très particulière car nous étions dans l'une des principales artères commerciales de Beyrouth : la rue Trablos. Il y avait même des magasins au rez-de-chaussée de L'Orient : la boutique de vêtements féminins Clauda, l'enseigne de linge de maison Domtex ou encore le joaillier Daou. Nous étions vraiment au cœur de la cité. »

Et au cœur de la vie politique libanaise. L'idéal pour exercer son métier de journalisme. La rédaction était notamment à proximité du Parlement et de plusieurs ministères. « À la fin des séances parlementaires ou des conseils des ministres, les hommes politiques se retrouvaient au restaurant Ajami pour casser la croûte. Il nous suffisait alors de traverser la route pour connaître les derniers potins », sourit Christian Merville, le regard malicieux.

La lune de miel entre L'Orient et son immeuble se termine en juin 1971, lorsque le quotidien fusionne avec son concurrent Le Jour. La nouvelle entité quitte le centre-ville et s'installe dans le bâtiment d'an-Nahar à Hamra. « Le déménagement a été perçu comme un exil, confie l'éditorialiste, le visage grave. Depuis lors, je ressens toujours un petit pincement au cœur lorsque je repasse près de nos anciens locaux. »

 

Restauré d'ici à 2013

Le départ du journal précède de peu la déchéance de son enceinte historique. Cette dernière sera en effet désertée en 1975, dès les premiers mois de la guerre civile. « Je me suis rendu dans l'immeuble pendant la guerre ; il y avait des monticules de sable qui dissimulaient des pièces d'artillerie », relate Christian Merville. Les centaines d'impacts de balles qui recouvrent, encore aujourd'hui, la façade du bâtiment sont autant de témoignages de ces années fratricides. Depuis la fin de la guerre, la bâtisse n'a jamais été réhabilitée.

Cela devrait bientôt changer. La ruine fait en effet partie des trois cents édifices sélectionnés, à la fin des années 1990, par Solidere (Société libanaise pour le développement et la reconstruction). « Les propriétaires des immeubles sélectionnés ont pour obligation de leur redonner leur apparence d'origine », rappelle-t-on à Solidere. L'« immeuble de L'Orient » devrait donc être restauré d'ici à 2013 dans le cadre de la seconde phase du projet des nouveaux souks.

Que deviendra-t-il une fois remis en état ? Rien ne filtre. La société Orient 12 Marfa' SAL, dont le principal actionnaire est Abdallah Wehbé Tamari et à qui la famille Asseily a cédé son bien en 2008, ne souhaite pas communiquer sur le sujet pour l'instant. L'ancien propriétaire Georges Asseily donne toutefois un indice. « J'ai entendu dire que l'immeuble pourrait devenir un centre commercial, mais je n'ai pas plus d'informations », révèle-t-il. « La bâtiment va devenir une ruche, conclut Christian Merville. Mais, quoi qu'il arrive, nos fantômes continueront à hanter les lieux. »

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le quotidien libanais L'Orient-Le Jour, du 01/09/2010.

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