Les services secrets américains ont déclassifié mardi des documents, datant de 1917 et 1918, contenant des recettes d'encre sympathique.
Les espions en herbe
sont gâtés. La CIA vient de lever le voile sur les secrets de fabrication de l’encre invisible, aussi appelée encre sympathique. L’agence centrale du renseignement américain a déclassifié mardi
six anciens documents confidentiels compilant des recettes utilisées pendant la Première Guerre mondiale. « Des avancées récentes ont rendu ces secrets obsolètes », indique Marie E.
Harf, porte-parole de la CIA.
Datés de 1917 et 1918, ces fac-similés sont une mine d’or pour apprentis agents secrets. Ils révèlent différents protocoles de fabrication, mais aussi de détection, de l’encre invisible. Les documents énumèrent également des méthodes alternatives de dissimulation : « placer un texte sous des timbres-poste », « cacher des messages dans des gélules » ou encore les « graver sur des ongles de pied ».
La CIA aurait pu dévoiler ces documents en mai 1976 mais elle les avait finalement jugés trop sensibles. « C’est étonnant parce que ces méthodes étaient déjà archaïques à l’époque », lâche Yvonnick Denoël, auteur du Livre noir de la CIA. Chaque année, la Central Intelligence Agency déclassifie plusieurs centaines de milliers de documents, au nom du Freedom of Information Act adopté en 1966. « Le fait de dissimuler des messages est vieux comme le monde, fait remarquer le spécialiste du renseignement. Par exemple, cinq siècles avant Jésus-Christ, on inscrivait des messages sur le crâne des esclaves et on attendait que leurs cheveux repoussent. »
L’encre sympathique est signalée pour la première fois à l’époque du naturaliste romain Pline l’Ancien, au début de notre ère. Le jus de citron et le vinaigre en étaient alors les ingrédients de base. Il suffisait de chauffer le support pour révéler le message.
Plus tard, des encres invisibles synthétiques seront beaucoup utilisées pendant les deux Guerres Mondiales. « Cela se prêtait surtout à l’envoi de messages courts », précise Yvonnick Denoël. Une variante consistait à appliquer de l’encre d’anthracène sur certaines lettres d’article de journal. Le récepteur reconstituait le message à l’aide d’une lampe à rayons ultraviolets. « Pour l’anecdote, pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis avaient démasqué des taupes nazies en testant du courrier », raconte-t-il, en se référant au livre Espionnage et Technologie d’Olivier Voizeux.
L’encre invisible connut ses dernières heures au début de la guerre froide, comme système d’appoint, peu à peu remplacée par les messages codés. « Aujourd’hui, conclut Yvonnick Denoël, on peut cacher un très long message dans une photo numérique. »
Jean-Philippe Chognot
Une recette allemande
Parmi les six documents déclassifiés par la CIA, trois dévoilent des recettes allemandes d’encre sympathique, utilisées pendant la Première Guerre mondiale. En voici une : « Prenez une once (environ 28 grammes) d’huile de lin, vingt onces d’ammoniac liquide, cent onces d’eau distillée. Secouez bien ce mélange avant de l’utiliser avec une plume. Écrivez dans les espaces libres entre des mots écrits au crayon. Pour faire apparaître le texte secret, plongez la lettre dans de l’eau froide, et lisez pendant qu’elle est mouillée. Une fois sec, le texte disparaît, mais il réapparaît si vous le replongez dans l’eau. »
J.-Ph. C.
Article publié dans le journal La Croix, du 21/04/2011, en page 8.
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