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Vendredi 18 mai 2007 5 18 /05 /Mai /2007 19:47

    Le journal Libération est en réel déclin depuis les années 1980. Beaucoup cherche à comprendre cet affaiblissement d’un des plus connus des quotidiens nationaux. Chacun y va de sa thèse et de son explication. Celles-ci viennent souvent de personnalités extérieures au journal. Elles n’ont qu’une vision partielle du problème auquel est confronté le titre. Ce n’est pas le cas de Eric Aeschimann, l’auteur de « Libération et ses fantômes » paru en mars 2007 aux éditions Seuil. Son analyse est d’autant plus pertinente qu’il est journaliste dans la rédaction du périodique depuis 1990. Il vit cette régression de l’intérieur.

 

    Eric Aeschimann émet l’hypothèse que la chute de Libération est due à la combinaison de nombreuses causes. En fait, le titre connaît les mêmes problèmes que ceux auxquels est confrontée la gauche tout entière dont il se veut être la voix. Il souffre d’une profonde crise identitaire. Créé après les évènements de Mai 68 par l’éphémère Gauche prolétarienne de Jean-Paul Sartre, de Maurice Clavel ou encore de Serge July, Libération n’a pas su adopter une ligne éditoriale consensuelle susceptible de rassembler la gauche. Bien sûr, le « style libé » a connu son heure de gloire. Les titres accrocheurs et les unes attire-l’œil étaient le symbole de toute une gauche protestataire issue de Mai 68.

 

    Mais cette belle période n’a pas duré très longtemps. Le quotidien s’est vite trouvé face à un dilemme insoluble : comment concilier les lecteurs de deux gauches qui se haïssent ? Comment attirer à la fois la gauche radicale, de laquelle il est issu, et la gauche modérée vers laquelle il tend ? Le grande drame du journal est de ne pas avoir réussi – ou osé – à trancher entre ces deux camps. Il est resté protestataire dans sa forme mais nettement moins dans son fond. Ses fondateurs se sont institutionnalisés tout en gardant la nostalgie de leur jeunesse révoltée. L’éditorialiste Serge July a cultivé cette plume acerbe qui fait son succès tout en ne parvenant pas à s’opposer au tournant relativement libéral de sa rédaction dans les années 1980.

 

    Voila tout le problème que Eric Aeschimann tente d’illustrer dans ce livre. Cet essai sans concession à l’égard de son employeur montre un aspect des choses rarement dévoilé par les nombreux pseudo analystes qui ont précédé. Ouvrage très court et facile à lire, il est incontournable pour tout ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la vie des media ou du monde des professionnels de l’information.

 

Jean-Philippe Chognot

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : Culture
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