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Samedi 9 juin 2007 6 09 /06 /Juin /2007 20:45

Si près du but… Le périple des cyclonudistes s’est achevé à seulement quelques centaines de mètres de l’Opéra. Ils s’étaient donné rendez-vous à Paris comme dans de nombreuses grandes villes européennes pour défiler nus à vélo. Leur objectif était de manifester leur mécontentement envers les véhicules à moteur.

13 h 30. Tout avait pourtant bien commencé. Réunis sur la pelouse du jardin de Breuilly, les manifestants se dénudent peu à peu en répondant avec conviction aux questions des journalistes venus en nombre. « Nous sommes ici pour attirer l’attention sur les dangers de la route. À vélo, il n’y a pas de carrosserie pour nous protéger. Nous voulons reconquérir la route, explique un des organisateurs de l’évènement. Le fait que nous soyons nus est une métaphore pour montrer que l’on est totalement vulnérables lorsque que l’on pédale dans Paris. »

L’atmosphère est bon enfant. Les nudistes se peignent le corps minutieusement pour afficher leurs revendications aux yeux de tous. Un homme arbore l’inscription « Vélo sans carapace » sur son torse. Un autre porte des lunettes en forme de bicyclette spécialement adaptées à l’occasion. Les ballons servent également de support. On peut y lire : « Diesel mortel » ou encore « Fragile ». Un jeune homme circule dans la foule pour distribuer aux participants des tracts sur lesquels il est inscrit : « La bonne humeur fait partie de notre message : faites vous entendre, soyez créatifs, festifs, hurlez, sifflez, chantez, expliquez aux gens. »

14 h 30. Retournement de situation. L’organisateur apparaît sur un pont surplombant le parc. Il prend la parole : « L’heure est grave. L’évènement est avorté. Nous avons pris la décision de suspendre la manifestation. La préfecture ne nous a pas donné l’accord pour défiler. » La déception se lit sur les visages. « Je trouve cela très contradictoire, réagit un participant. Le préfet Michel Gaudin n’avait pourtant pas émis de réserves à l’encontre de notre défilé. »

Peu à peu, une rébellion prend forme dans la foule. Deux cyclistes décident d’enfreindre l’interdiction et de se rendre coûte que coûte à l’Opéra. « Si nous n’avons pas le droit de revendiquer légalement, nous le feront illégalement. Si on nous arrête, ce sera pour la bonne cause. Gandhi prônait la désobéissance civique. », clame l’un des insoumis. Il est ovationné et la quasi-totalité des manifestants choisit finalement de le suivre.

15 h 10. Malgré les exhortations des organisateurs refroidis par le refus préfectoral, une centaine de cyclonudistes se mettent en chemin dans un concert de sonnettes. Objectif l’Opéra. Quelques femmes libèrent leurs appas. Les hommes en font de même avec leur phallus et le convoi se met en branle. C’est parti pour un parcours de sept kilomètres dans les rues de Paris. Les promeneurs regardent les cyclistes passer avec étonnement. Les appareils photos sortent de leurs pochettes et chacun tente d’immortaliser l’instant.

La joyeuse compagnie s’étoffe à fil des kilomètres. Des nombreux cyclistes se greffent à la meute tant et si bien que leur nombre triple sur le trajet. Les paroles de la fameuse chanson de Joe Dassin n’ont jamais été autant d’actualité : « À Paris, en vélo, on dépasse les autos. À vélo, dans Paris, on dépasse les taxis. » Sur leurs bicyclettes, les manifestants se pensent inarrêtables. Et pourtant…

16 h 10. À seulement quelques centaines de mètres de l’Opéra, au croisement de la rue Gaillon et de l’avenue de l’Opéra, les forces de l’ordre mettent un terme au défilé. Une dizaine de cyclistes est plaquée au sol. Leurs vélos sont confisqués sous les huées de la foule. En réponse aux arrestations, tous les participants chantent en chœur « Pour le vélo » en levant les bicyclettes à bout de bras. L’avenue est totalement bloquée. Aucun véhicule ne parvient à traverser la meute. Mais peu à peu, les participants se résignent et se dispersent.

16 h 30. Le trafic reprend son cours normal. Les cyclistes rentrent chez eux avec un petit goût d’inachevé. Ils peuvent tout de même se réjouir car ils auront su faire parler d’eux et attirer les media. Premier objectif rempli. Peut-être parviendront-ils à défiler légalement l’année prochaine comme ce fut le cas cette année à Rome, Londres et Barcelone.

 

Jean-Philippe Chognot

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : France
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