Partager l'article ! «Un révolver, cela ne sert à rien»: Monsieur X est un policier. Il monte la garde à l’accueil des nouveaux locaux communs de la DST (D ...
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Monsieur X est un policier. Il monte la garde à
l’accueil des nouveaux locaux communs de la DST (Direction de la surveillance du territoire) et des RG (Renseignement généraux). Il nous fait part des difficultés rencontrées au quotidien par les
membres de la force publique.
Porter l’uniforme, est-ce aujourd’hui encore un élément de stigmatisation ?
Evidemment. L’uniforme contribue clairement à nous stigmatiser. On peut ne pas aimer quelqu’un pour la couleur de sa chemise, pour sa couleur de peau ou encore pour ce qu’il représente dans l’esprit des gens. Comme les journalistes, nous faisons partie d’un corps de métier haï par beaucoup de gens. Notre désavantage par rapport à vous, c’est de porter une tenue reconnaissable. Cela nous place au rang de cible privilégiée. A Stains en Seine-Saint-Denis, l’agression d’un collègue en est le parfait exemple. Je connais très bien la victime. Cet homme est une personne en or. Celui qui l’a poignardé ne l’a attaqué que parce qu’il tentait de faire son travail correctement.
Vous êtes armé. Est-ce une protection efficace ?
Je suis effectivement armé. Mais pas seulement au sens propre. En réalité, je possède deux armes. La première est la plus visible : c’est mon pistolet. Mais un revolver, cela ne sert strictement à rien. Par contre, ma deuxième arme est bien moins visible. Pourtant c’est de loin la plus utile : c’est mon stylo. Je ne peux bien sûr pas me défendre physiquement avec une telle arme. Mais avec un bic, on peut agir bien plus qu’avec un pistolet. Seuls les écrits restent. La parole s’envole immédiatement. Mon stylo peut me servir à dénoncer publiquement la difficulté de notre métier et dons à laisser une trace. C’est donc plus efficace qu’une arme à proprement parler.
Mais votre pistolet ne constitue-t-il pas un objet de dissuasion ?
Absolument pas. Lorsque l’on est face à un criminel, le révolver ne contribue qu’à envenimer la situation. Souvent, quand on se retrouve face à un délinquant, il n’est en rien dissuadé par notre arme à feu. Il sait qu’il va aller en prison. Il n’en a pas forcément envie. Sa misère dicte ses actes de manière irrationnelle. Sa vie n’a finalement plus tant d’importance pour lui. Dans ce cas fréquent, une arme ne peut rien. Il n’y a qu’un seul moyen de faire baisser la pression. C’est de dire que quoi qu’il fasse, nous serons chez nous le soir dans notre lit avec notre femme ou notre maîtresse (rire). Tout cela pour dire que nous ne sommes pas là pour juger la personne mais seulement pour faire notre travail. Par conséquent, cela ne sert à rien de s’en prendre à nous. En effet, cela ne le sortira pas de sa misère.
Propos recueillis par Jean-Philippe Chognot