Partager l'article ! Les Afriques en retard face au défi de l’emploi des femmes: Le Bureau international du Travail des Nations unies a publié, début mars 20 ...
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Le Bureau
international du Travail des Nations unies a publié, début mars 2008, son 3e rapport sur les Tendances mondiales de l’emploi des femmes. L’étude, qui s’appuie sur les chiffres
de l’emploi des différentes régions du monde, relève des progrès tout en pointant leur lenteur. Cette dernière est accentuée en Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne, deux régions qui, pour
des raisons différentes, restent en queue de peloton. Pourtant, à en croire l’économiste Dorothea Schmidt, co-auteur du rapport, les pays ont tout à gagner de l’activité des femmes.
Il est des indicateurs qui témoignent particulièrement du niveau de développement d’un pays. L’émancipation des femmes en est un, révélateur. Or celle-ci passe notamment par une présence améliorée sur le marché du travail. Pour faire le point sur ces questions, le Bureau international du Travail (BIT) a publié début mars son rapport sur les Tendances mondiales de l’emploi des femmes. Cette étude met en évidence des avancées globales : de plus en plus de femmes dans le monde se trouvent en mesure d’accéder à un emploi. Cependant, on ne peut pas se satisfaire de ces améliorations disparates d’une région du globe à l’autre. Sur le continent africain, deux situations totalement opposées cohabitent.
Des emplois vulnérables en Afrique subsaharienne
D’un côté, il y a l’Afrique subsaharienne. « Sur ces territoires, on trouve un taux d’emploi des femmes très élevé et un taux de chômage assez bas », affirme l’économiste Dorothea Schmidt, co-auteur du rapport. Pour mémoire, le taux d’emploi se calcule sur l’ensemble des femmes d’une région alors que le taux de chômage ne prend en compte que celles qui cherchent un emploi. « Pour 100 hommes économiquement actifs, 75 femmes le sont aussi, continue-t-elle. Cela représente un très petit écart. » La région se positionne donc parmi celles aux plus forts ratios de femmes actives. Il ne faut toutefois pas interpréter cette proportion importante comme une donnée positive. « Les taux élevés d’emploi des femmes sont liés aux forts taux de pauvreté. Une personne pauvre doit travailler pour survivre », souligne la spécialiste de l’emploi au féminin.
Les femmes de la région cherchent ainsi à travailler pour survivre. Elles n’ont donc pas le choix et doivent accepter n’importe quelle tâche. « Là-bas, quand les femmes travaillent, cela ne permet pas de sortir de la pauvreté », déplore Dorothea Schmidt. On constate d’ailleurs en Afrique subsaharienne que plus de huit femmes actives sur dix occupent des emplois vulnérables. La plupart exercent leurs activités dans le secteur de l’agriculture, essentiellement dans une agriculture de subsistance. De plus, les jeunes filles doivent aussi souvent contribuer au revenu familial. « Elles pourraient, à la place, être scolarisées s’il existait des solutions éducatives », ajoute l’expert.
Un chômage très élevé en Afrique du Nord
« En Afrique du Nord, la situation est complètement inverse », compare-t-elle. Les femmes ont davantage accès à des tâches rémunérées, salariées et stables. Selon Dorothea Schmidt, cela s’explique notamment par une prise en charge éducative meilleure qu’il y a dix ans : « Au nord du Sahara, on a investi sur les filles : maintenant, il y a beaucoup plus de femmes qui ont reçu une éducation. » C’est pourquoi on constate une répartition sectorielle de l’emploi des femmes toute autre qu’en Afrique subsaharienne. Un peu plus d’une femme active sur deux travaille dans le secteur tertiaire des services, principalement dans le service public.
Si la majorité des femmes actives occupent un emploi plutôt valorisant, le taux d’emploi des femmes reste très bas, et le taux de chômage atteint 16,2 % – le plus élevé dans le monde. Une inactivité professionnelle qui accentue la dépendance à l’égard du mari. Selon Dorothea Schmidt, la faible présence des femmes sur le marché du travail nord-africain « est le résultat d’une tradition culturelle ». L’argument répandu, prétexte à la discrimination à l’embauche faite aux femmes, est que quand les femmes travaillent, cela nuit aux hommes. « Mais cette idée est totalement fausse », s’insurge le co-auteur du rapport du BIT.
L’emploi des femmes, un facteur de croissance
Elle est d’autant plus fausse que l’on constate que la région qui observe la plus grosse croissance économique actuellement – l’Asie du Sud-Est – est également celle où les femmes participent le plus au marché du travail. Les pays ont donc tout intérêt à favoriser le travail des femmes. Mais ce n’est toutefois pas le remède à tous les maux. « La participation des femmes n’est pas la solution miracle. Il n’y a pas automatiquement de la croissance économique quand elles sont actives, tempère Dorothea Schmidt. Mais ce qui est sûr, c’est que quand les femmes travaillent, elles peuvent contribuer à la croissance et c’est mieux pour toute l’économie. »
Alors que faire ? Par la voix de son économiste, le BIT préconise des solutions différentes selon les zones : « En Afrique subsaharienne, il ne faut pas essayer de créer du travail pour les femmes dans les grandes villes. En effet, les hommes sont là et ils ne trouvent déjà pas d’emploi. Il faut plutôt se concentrer sur l’agriculture dans les petits villages. Au contraire, en Afrique du Nord, il y a de la place dans les villes pour que les femmes travaillent. Le défi, c’est de leur ouvrir les professions dans les secteurs modernes, les nouvelles technologies par exemple. »
Jean-Philippe Chognot
Pour Médias France Intercontinents : http://www.rfi.fr/fichiers/MFI/EconomieDeveloppement/2420.asp