Partager l'article ! Discuter son avenir sur un coin de zinc: Soirée en apparence ordinaire au Corso, un bar parisien du 13e arrondissement. Des grappes de jeune ...
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Soirée en
apparence ordinaire au Corso, un bar parisien du 13e arrondissement. Des grappes de jeunes gens affluent ce 8 mars des trois lycées voisins. Ce soir-là pourtant, l’ambiance est singulière. Ni
alcool, la plupart des clients n’ont pas l’âge légal, ni débat enflammé, ni commérage futile. Tous n’ont qu’une idée en tête : leurs futures études. Le bistrot se transforme en « café de
l’orientation » le temps d’une soirée. Il a été privatisé, sur l’initiative du groupe L’Etudiant et du Biop, le centre d’orientation de la chambre de commerce et d’industrie de Paris.
Le Corso a été réaménagé pour l’occasion. D’un côté, les lycéens ; de l’autre, les conseillers. Les entretiens individuels s’enchaînent, quatre heures durant. D’autres stands proposent des tests de personnalité, des livres spécialisés ou des informations sur la procédure d’admission post-bac.
« En organisant ces rencontres dans un café, nous voulons dédramatiser l’orientation, indique Michèle Dain, directrice du Biop. Ce lieu est associé à la détente, au plaisir. Nous offrons une boisson aux jeunes, et cela les met en confiance pour parler. » Ce cadre original tranche avec celui d’un salon ou d’un centre d’information et d’orientation (CIO). Différence notable, la plupart des adolescents viennent au Corso avec des copains, sans les parents.
« Au premier abord, je trouvais l’idée bizarre, pas très sérieuse, confie Hadjer, 16ans, élève de 1re littéraire, accoudée au zinc. Finalement, je suis agréablement surprise. J’ai parlé pendant quarante-cinq minutes avec une conseillère qui m’a bien éclairée. » De quoi effacer un traumatisme passé : « En 2de, j’avais déjà rencontré une conseillère dans mon lycée, mais j’avais eu l’impression qu’elle bâclait son travail. Elle voulait m’envoyer d’office dans une filière technologique. »
A deux pas, Ugo s’apprête à partir. Il est en 1re scientifique à Arpajon (Essonne) et a découvert l’événement sur l'Internet : « Dans cet environnement, on peut parler d’égal à égal avec les conseillers. Ce n’est pas le cas au lycée, où on est plus dans une relation d’adulte à enfant. » Entré dans le bar sans idée d’orientation, il en ressort avec de nombreuses options. Une conseillère lui a notamment fait découvrir les diplômes universitaires de technologie (DUT).
Les vingt conseillers – quinze du Biop et cinq de L’Etudiant – partagent l’enthousiasme de leurs cadets. « Nous jouons la carte de la proximité en allant à leur rencontre, dans un lieu où ils ont l’habitude d’aller. Les jeunes sont plus à l’aise », se réjouit Anne-France de La Bourdonnaye.
Le 8 mars et le 5 avril, les deux premiers « cafés de l’orientation » ont attiré chaque fois plusieurs centaines de personnes. Huit autres rendez-vous sont prévus chaque premier mardi du mois. « Nous en organiserons dans d’autres villes dans les années qui viennent », annonce Michèle Dain. Les« cafés » suivraient ainsi la voie tracée par leurs grandes soeurs, les « Nuits de l’orientation ». Depuis 2007, elles ont lieu tous les ans.
Jean-Philippe Chognot
Article publié dans le supplément Education du journal Le Monde, du 13/04/2011, en page 7.