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Mercredi 13 avril 2011 3 13 /04 /Avr /2011 12:28

http://www.leparisien.fr/images/2011/04/03/1391201_photo-1301833481633-1-0.jpgLes trois ex-employés de Renault, accusés injustement, négocient des compensations pour le préjudice moral, et un quatrième cadre soulève une autre affaire.

Leurs noms étaient au coeur du scandale ; les trois cadres accusés à tort exigent une compensation financière. Michel Balthazard, Matthieu Tenenbaum et Bertrand Rochette demanderaient plusieurs millions d’euros au constructeur Renault. Selon Pierre-olivier Sur, l’avocat de Michel Balthazard, « le montant est en cours de négociation avec Renault ».

Les trois ex-employés de Renault ont été licenciés en janvier, après des accusations anonymes ; ils étaient soupçonnés à tort d’avoir diffusé des informations secrètes sur un projet de voiture électrique. Ils avaient été blanchis début mars et le constructeur leur avait présenté des excuses publiques.

Michel Balthazard, 56 ans, était directeur de la division « amont, projets et prestations » et membre du comité de direction de Renault. Il travaillait pour le constructeur depuis le 1er mars 1980. Le cadre ne souhaite pas réintégrer l’entreprise. « Il n’exercera plus, ni chez Renault ni dans une autre entreprise, indique son avocat. Il n’est pas un traître et ne passera donc pas à l’ennemi. »

Son ancien bras droit, Bertrand Rochette, ne souhaite pas non plus retravailler pour Renault. Également accusé à tort, il était chargé de la recherche. De son côté, Matthieu Tenenbaum, 33 ans, n’exclut pas de retourner chez la marque au losange. Au préalable, il demande la juste indemnisation du préjudice subi. Cet ingénieur a débuté sa carrière chez Renault en 1997 et il était directeur adjoint du programme des véhicules électriques depuis 2007.

Un quatrième employé, licencié un an avant ses trois ex-collègues dans des conditions similaires, négocierait également sa réintégration, selon l’hebdomadaire Marianne. Philippe clogenson, ancien directeur du marketing clients, avait été limogé en décembre 2009, à la suite d’accusations anonymes. Il était soupçonné d’avoir touché de l’argent sur des comptes offshore de la part de prestataires de Renault.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 12/04/2011, en page 12.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : France
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Dimanche 20 mars 2011 7 20 /03 /Mars /2011 20:56

Vingt-cinq organisations appellent à manifester le 19 mars pour inverser les choix budgétaires.

Manifestation-Vic.jpg

Ce sera une journée pour l’école. A l’appel du collectif « L’école est notre avenir », une journée nationale d’action est organisée partout en France, samedi19 mars. Les vingt-cinq organisations syndicales qui composent ce collectif protestent contre les réductions budgétaires dictées par la révision générale des politiques publiques.

A la rentrée de septembre 2011, 16000 départs à la retraite ne seront pas remplacés dans l’éducation nationale. Cela portera le nombre de suppressions de postes à 66000 depuis 2007. La colère monte un peu partout dans le pays à la découverte de dotations horaires qui permettent parfois à peine de mettre en place les obligations d’enseignement et qui imposent partout en France des fermetures de classes, des augmentations du nombre d’élèves par classe et la fin de nombre d’enseignements. Quatre illustrations emblématiques de la situation sur le terrain.

 

A Vic-sur-Aisne (Aisne), plus d’élèves, moins de classes en maternelle Dans cette petite ville de l’Aisne, l’école maternelle risque de perdre un de ses trois postes d’enseignants en septembre. « Le rectorat nous retire un poste alors que nos effectifs vont augmenter », peste le maire Bernard Ruelle, qui comptabilise déjà soixante-cinq pré-inscriptions pour la rentrée 2011, contre soixante-trois cette année. « Nous allons nous retrouver avec des classes de trente enfants, craint Céline Deffins, présidente de l’association de parents d’élèves « Les écoliers de Vic-sur-Aisne ». Les professeurs ne pourront plus s’occuper des enfants en grande difficulté, qui sont nombreux ici. »

Dans l’Aisne, Vic n’est pas la seule commune touchée par les suppressions de postes. Cinquante départs à la retraite d’enseignants ne seront pas remplacés à la rentrée. « C’est aberrant, s’emporte la mère de famille. Surtout dans un département comme le nôtre, extrêmement touché par l’échec scolaire. »

Les parents vicois et leurs voisins vont créer un collectif pour faire pression sur le rectorat. Mardi, une réunion lancera le mouvement. Une première manifestation commune est prévue le 9 avril à Soissons. « L’inspecteur de notre circonscription assure que notre sort n’est pas scellé, rapporte Céline Deffins. Nous devons donc continuer à lutter pour que nos enfants ne soient pas une variable comptable. »

Globalement en France, la scolarité des 2 ans est passée sous le cap des 20%. Les syndicats craignent que cette restriction appliquée aux 2-3 ans ne se déplace demain sur les 3-4 ans.

 

L’académie de Nantes perd son latin En septembre, l’étude optionnelle du latin va disparaître de quinze lycées publics sur quarante-six. « Elle fait les frais des réductions de dépenses, indique Guy Chabior, chargé de communication au rectorat. Il faut faire un choix et nous privilégions les enseignements obligatoires par rapport aux options facultatives comme les langues anciennes. » En se basant sur les effectifs de la rentrée 2010, en-dessous de dix élèves, l’option n’est pas maintenue.

L’annonce se heurte à l’opposition des enseignants. « Nous comprenons l’argument économique, mais là, ce sont vraiment des économies de bouts de chandelle »,déplore Claire Couturier, présidente de l’Association des professeurs de latin et de grec (APLG) de l’académie de Nantes. Elle enseigne en 3e dans le nord de la Sarthe. Plus aucune classe de 2de n’y proposera l’option à la rentrée 2011. « En ce moment, nous essayons de trouver une dizaine de latinistes pour obliger le rectorat à rouvrir une section », prévient la professeur.

La Coordination nationale des associations régionales des enseignants de langues anciennes, la Cnarela, craint que la baisse de l’offre n’entraîne une diminution du nombre d’élèves. Elle fait remarquer que le nombre d’élèves étudiant ces langues anciennes a décru de 3000 entre 2009 et 2010, alors qu’il avait augmenté de 8000 entre 2005 et 2008.

 

En Lozère, un collège menacé de fermeture Trente-cinq élèves, douze professeurs, quatre classes… Situé à Sainte-Enimie (Lozère), Pierre-Delmas, le plus petit collège de France, est en sursis. Le rectorat lui a lancé un ultimatum : il devra présenter trente-cinq inscriptions sûres dès la mi-mai pour ne pas disparaître en septembre.

Problème : il n’y a pas de classe de CM2 dans le village cette année. Donc pas de vivier potentiel. « Depuis un mois, les parents, les professeurs et moi sommes devenus les VRP du collège, ironise le maire François Gaudry, nous essayons d’attirer des élèves des alentours. » L’association des « amis du collège » en aurait déjà convaincu une quinzaine de s’inscrire dans cette petite structure de proximité. « Je resterai inquiet tant que ces inscriptions ne seront pas validées », confie l’édile.

S’il échoue, les élèves du village seront répartis entre trois collèges des environs, notamment celui de Florac, à vingt-sept kilomètres, dont dépend Pierre-Delmas. Mais l’enjeu dépasse le cadre scolaire. « Si le collège ferme, s’alarme M.Gaudry, l’épicier et le boulanger, qui fournissent la cantine, partiront aussi. »

Les établissements scolaires sont partie intégrante de l’aménagement du territoire. A la rentrée 2011, les élus craignent des fermetures d’écoles et de quelques collèges.

 

A Dunkerque, une classe préparatoire de proximité ferme ses portes Le couperet est tombé le 11 mars. La prépa économique du lycée Jean-Bart de Dunkerque (Nord) fermera à la rentrée. Raison invoquée par le rectorat : les effectifs sont trop faibles.

Cette année, la classe compte seize élèves, pour une capacité maximale de quarante-sept. « Quand le rectorat nous a prévenus, nous étions en train de lancer une campagne de communication dans les médias pour attirer plus de monde », indique le proviseur Gilles Hogrel, d’une voix désabusée.

Le corps enseignant accueille la nouvelle avec amertume. « Nous accomplissions une vraie mission de service public, clame Axelle Degans, professeur d’histoire-géographie. Beaucoup d’élèves étaient issus de milieux très défavorisés. La plupart n’auront pas les moyens d’étudier ailleurs et n’auront donc plus l’occasion d’intégrer des grandes écoles. » Pour suivre le même cursus, les élèves devront désormais s’inscrire au lycée Faidherbe de Lille, à 80 kilomètres de Dunkerque.

Alors que le ministère de l’enseignement supérieur dit se battre pour un élargissement du profil des élites françaises – un changement qui passe par une augmentation du nombre d’élèves défavorisés dans les grandes écoles –, ces classes préparatoires de proximité, qui sont un levier de ce changement, ferment.

Jean-Philippe Chognot

Photo de Robin Simon

 

Article publié dans le journal Le Monde, du 19/03/2011, en page 16.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : France
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Dimanche 20 mars 2011 7 20 /03 /Mars /2011 20:22

La collectif « L'école est notre avenir» bat le rappel. Samedi 19 mars, des milliers de manifestants sont attendus dans les rues d'une quarantaine de villes, à l'appel de ce collectif regroupant les principales organisations syndicales du monde de l'éducation. A Paris, les manifestants partiront du jardin du Luxembourg (6e arrondissement) à 14 heures.

Le mot d'ordre : non aux réductions de moyens. Dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP), 16 000 départs à la retraite ne seront pas remplacés à la rentrée de septembre 2011 dans l'éducation nationale. Cela portera à 66 000 le nombre de suppressions de postes depuis 2007.

Le collectif estime que les réductions d'effectifs accentuent les inégalités sociales. Il dénonce en vrac des fermetures de classes et d'options, des augmentations d'effectifs d'élèves dans de nombreuses classes, une réduction des Rased (réseaux d'aides spécialisées aux enfants en difficulté), une diminution de la scolarisation en-dessous de 3 ans ou encore un contingent insuffisant d'enseignants remplaçants. 

 

Défendre les conditions d'étude

La manifestation du 19 mars fait suite à une journée de mobilisation organisée le 22 janvier. Sur toute la France déjà, les cortèges avaient attiré 13 300 manifestants, selon les syndicats ; 10 300, selon la police. Dans la capitale, l'affluence se situait entre 2 600 (police) et 5 000 (syndicats) personnes.

Cette fois, le contexte est différent. Les académies ont connu le nombre d'enseignants qui leur était imparti fin décembre. Depuis, cette information est descendue dans les départements et même dans les établissements scolaires. Or, dans certaines circonscriptions où il n'a pas été jugé bon de divulguer les informations avant les cantonales, chaque établissement connaît le nombre d'enseignants ou le nombre d'heures d'enseignement dont il bénéficiera à la rentrée.

Les parents et les enseignants ne se mobilisent plus vraiment contre une politique éducative, mais plutôt pour défendre les conditions d'étude de leurs enfants, ou leurs conditions de travail. Un élément qui pourrait bien changer l'ampleur de la mobilisation.

Depuis l'automne 2008, le collectif "L'école est notre avenir" réunit 25 organisations représentatives du monde éducatif. Vingt-sept autres syndicats et associations soutiennent son appel.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié sur lemonde.fr, le 20/03/2011, dans la rubrique société.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : France
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Dimanche 13 mars 2011 7 13 /03 /Mars /2011 22:05

1406022_3_bc4e_un-jeune-ecolier-leve-le-doigt-pour-prendre-.jpg La Seine-Saint-Denis ne veut pas se laisser faire. Les parents en colère d'Epinay-sur-Seine repassent à l'offensive et vont saisir la Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) mardi 15 mars pour discrimination territoriale. Depuis le début de l'année, les vingt-huit écoles maternelles et primaires de la commune cumulent les absences non remplacées d'enseignants. Les plaignants s'estiment lésés du fait de leur situation géographique.

« Les enfants d'Epinay-sur-Seine ne reçoivent pas, de la part de l'éducation nationale, le même traitement que les autres enfants du territoire français, dénonce la fédération dans sa lettre adressée à Eric Molinié, président de la Halde. Nous avons le sentiment que nos enfants subissent une discrimination de la part de l'Etat. » Les dernières statistiques ont montré que ce département produit beaucoup plus de sans-diplômes et de sans-qualifications que ses voisins.

La plainte risque de mettre la Haute Autorité dans l'embarras. En effet, le territoire n'est pas un critère de discrimination au sens du code pénal. « Nous savons d'avance que la Halde ne pourra pas instruire notre dossier, anticipe Mathieu Glaymann, de la FCPE. Nous souhaitons simplement qu'elle émette des recommandations comme elle l'a fait dans d'autres dossiers. » Suite à un recours similaire déposé par La Courneuve (Seine-Saint-Denis), elle avait préconisé en février 2010 d'« étudier l'opportunité et la recevabilité de la notion de discrimination territoriale ».

 

Une proposition de loi

Entre autres requêtes, la FCPE demande à l'autorité administrative d'« étudier et [de] comparer la situation des remplaçants du premier degré à Epinay-sur-Seine avec celles d'autres territoires». Mathieu Glaymann espère qu'une telle enquête « poussera le législateur à modifier la législation pour que la discrimination territoriale soit enfin reconnue ». Une proposition de loi a déjà été déposée le 18 novembre 2010 par vingt députés communistes, du Front de gauche et divers gauche. Elle vise à ajouter le « lieu d'habitation ou de résidence » parmi les motifs de discrimination. Le texte n'a pas encore été examiné à l'Assemblée nationale.

La fédération de parents d'élèves souhaite aussi que la Halde fasse « des recommandations au ministère de l'éducation nationale afin de corriger l'inégalité territoriale constatée » et qu'elle appuie « leur demande de résolution immédiate du problème de remplacement des enseignants ». Depuis le début de l'année scolaire, dans les vingt-huit écoles de la commune, les parents d'élèves d'Epinay-sur-Seine ont recensé 630 journées d'absences non remplacées, soit une tous les quatre jours. « Nous nous basons sur les statistiques des établissements qui ont bien voulu nous répondre et sur les témoignages des parents d'élèves, détaille Mathieu Glaymann. L'inspecteur de la circonscription conteste nos chiffres mais, en interne, des gens de l'éducation nationale nous ont confirmé qu'ils étaient justes. »

Selon la FCPE, plusieurs raisons expliquent ces absences massives. Tout d'abord, Epinay-sur-Seine est excentré à l'extrême ouest de son département. Cela « entraîne régulièrement le désistement d'enseignants remplaçants sur des postes pourtant existants », estime le courrier. Par ailleurs, en Seine-Saint-Denis plus que dans d'autres départements, beaucoup d'instituteurs demandent de changer d'affectation dès leur première année. « Ils étaient 47 % en 2009, soit 8 % de plus que la moyenne nationale, indique Mathieu Glaymann. Nous n'avons pas le chiffre pour Epinay-sur-Seine mais nous soupçonnons qu'il est encore plus élevé. »

 

Contingent insuffisant de remplaçants

Dans sa lettre à la Halde, la fédération précise qu'à Epinay, 84 % des absences d'enseignants du premier degré ne sont pas palliées. En cause, un contingent insuffisant de remplaçants. Les parents d'élèves n'en recensent que vingt-quatre, dont huit en congés de longue maladie ou de maternité. Ainsi, seulement seize remplaçants seraient actifs pour un total de 276 classes dans la commune. La fédération en réclame vingt-huit.

Les parents d'élèves d'Epinay-sur-Seine ont démarré leur lutte en début d'année. Ils occupent le bureau de la directrice de l'école maternelle Jean-Jaurès sud depuis le 11 janvier. Ponctuellement, ils ont occupé vingt écoles le 7 février puis seize le 7 mars. A l'appel de la FCPE de Saint-Denis et des syndicats enseignants, ils participeront à une journée « école morte » le 31 mars pour protester contre les réductions d'effectifs. « A cette occasion, annonce Mathieu Glaymann, nous appelons tous les instituteurs du département à faire grève et tous les parents d'élèves à occuper, comme nous, les écoles. »

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié sur lemonde.fr, le 13/03/2011, dans la rubrique société.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : France
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Jeudi 10 mars 2011 4 10 /03 /Mars /2011 21:55

Du bac pro à Sup de Co, le cursus suivi par Salloumou Keïta est plutôt singulier. Collégien « mauvais et dissipé » selon ses termes, il s’oriente vers une filière professionnelle. Il y enchaîne un brevet d’enseignement professionnel (BEP), un baccalauréat professionnel puis un brevet de technicien supérieur (BTS). « Je n’avais jamais pensé à faire de longues études », indique le natif du Pré-Saint-Gervais (Seine-Saint-Denis), aujourd’hui âgé de 23 ans. « Dans ma famille, tout le monde travaille tôt », raconte-t-il. Et cela aurait aussi pu être son cas. A bac+2, sa carrière est toute tracée. BTS en poche, il sera responsable de magasin. Mais c’était compter sans le dispositif « double ascension ».

Il s’agit d’un partenariat mis en place à la rentrée 2009 entre quatre établissements : le lycée Jean-Renoir de Bondy, l’IUT de Bobigny, l’université Paris-XIII et ESCP Europe, une grande école de commerce. BTS ou DUT en poche, les élèves bondynois et balbyniens peuvent s’inscrire directement en troisième année de licence dans la faculté parisienne. L’objectif est de les mettre à niveau pour passer le concours aménagé – exclusivement oral – d’ESCP Europe. En plus du programme, les étudiants suivent des modules de rattrapage en mathématiques, culture générale et langues, et préparent un projet professionnel qu’ils soutiendront au moment de l’admissibilité. L’école prend en charge les 11300 euros de frais de scolarité annuels des admis.

 

« Généralisable »

Onze élèves ont inauguré le dispositif en 2009-2010. Dix ont validé la licence ; cinq ont été admis à ESCP Europe. Parmi eux, Salloumou Keïta. « Jusqu’à la rentrée, je ne réalisais pas que j’étais en école de commerce, c’était inconcevable », confie-t-il.

Cette année, dix-huit élèves de la Seine-Saint-Denis, décomplexés, espèrent suivre le même chemin. « C’est une occasion énorme, et nous n’avons pas le droit à l’erreur », lâche Charlène Amable, 22 ans. Elle veut intégrer ESCP Europe pour créer un salon de coiffure ethnique low cost.

La prestigieuse école ne s’est pas engagée dans le projet par « civisme », assure Pierre-Arnaud Moreau-Portejoie, chargé de mission diversité au sein de l’établissement. Il estime que les anciens élèves de filières professionnelles et technologiques sont un « gain » pour l’école. « Ils apportent leur pragmatisme, leurs compétences opérationnelles, se réjouit-il. Ils comblent leurs lacunes méthodologiques grâce à une motivation débordante et une vraie soif d’apprendre. »

Confortés par les débuts prometteurs de « double ascension », les promoteurs du dispositif souhaitent l’élargir. « Le modèle est généralisable, garantit M. Moreau- Portejoie. D’autres pourraient s’en inspirer. » De son côté, le lycée Jean-Renoir de Bondy compte lancer un partenariat similaire avec l’Ecole de management de Lyon.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le supplément Education du journal Le Monde, du 09/03/2011, en page 3.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : France
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Jeudi 10 mars 2011 4 10 /03 /Mars /2011 21:41

Nao.jpg L’université parisienne est la première d’Europe à se doter d’un androïde.

« Bonjour, je m’appelle Nao, je mesure 58 centimètres et je pèse 5 kg… sans faire de régime. » Debout sur une table, un robot humanoïde s’improvise star du stand-up. La voix est nasillarde, le débit lent et l’humour basique. La magie opère pourtant et l’assistance est conquise.

Cette scène ne se passe pas dans un cabaret futuriste, mais à l’université Paris-Descartes. L’établissement a acheté Nao en décembre 2010, devenant la première faculté européenne à acquérir l’androïde de conception française dans le cadre d’un programme d’éducation.

Au-delà de l’aspect ludique, l’intérêt du robot est bien sûr pédagogique. Depuis la mi-février, une quinzaine d’étudiants en licence et en master d’informatique l’utilisent comme support de programmation. Répartis en cinq groupes, ils doivent lui apprendre à faire une dictée, à jouer au Puissance 4, ou à communiquer avec ses congénères.

Les étudiants sont aux anges. « C’est un rêve qui se réalise, s’extasie Ramy Temim, en troisième année de licence d’informatique. Quand j’ai appris que j’allais travailler avec Nao, j’étais euphorique, j’avais les yeux qui brillaient. »

Avec trois camarades, il planche sur un logiciel qui permettra au robot de dessiner des portraits. « Le système est simple : Nao prendra le modèle en photo et le reproduira le plus fidèlement possible », détaille Ramy. En attendant de commencer à programmer, les quatre étudiants ont déjà baptisé leur futur « artistoïde », Nao de Vinci.

 

« C’est comme un jeu »

De leur côté, Lyes Kharfallah et Jérémy Darchy sont déjà dans la phase de programmation. Ils doivent transformer le robot en ambassadeur de Paris-Descartes, capable de répondre à des questions sur l’université. Les deux apprentis-programmeurs sont attentifs au moindre détail. « On essaye de lui enseigner des attitudes humaines en lui apprenant, par exemple, à se gratter la tête comme s’il réfléchissait », explique Jérémy.

Les étudiants sont épaulés par les enseignants-chercheurs David Janiszek et Damien Pellier, les deux initiateurs du projet Nao. Selon eux, l’androïde est un outil pédagogique exceptionnel. « Grâce à lui, les étudiants constatent immédiatement les applications concrètes de leur travail, fait remarquer David Janiszek. Cela décuple leur motivation. »

Preuve de cet enthousiasme, les étudiants ne comptent plus leurs heures. « Généralement, quand on termine un projet, on passe tout de suite à autre chose, indique Celia Gomez, une des coéquipières de Ramy Temim. Avec Nao, ce n’est pas pareil. C’est comme un jeu. On essaye d’en profiter au maximum. » Pour ce faire, les plus motivés ont même fait l’impasse sur leurs vacances de février.

Enchantés par les retours des élèves, David Janiszek et Damien Pellier souhaitent que leur université se dote de nouveaux robots Nao, pour pouvoir satisfaire plus d’étudiants. A long terme, ils rêvent d’acquérir Romeo, le grand frère de Nao, encore en développement chez la société française Aldebaran Robotics. Il mesurera 1,40 m et sera capable de soulever un homme.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le supplément Education du journal Le Monde, du 09/03/2011, en page 2.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : France
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Jeudi 27 janvier 2011 4 27 /01 /Jan /2011 16:45

Gare de déportation de BobignyJeudi avait lieu la Journée internationale en mémoire des victimes de la Shoah. A cette occasion, l'ancienne gare de déportation de Bobigny est sortie de l'ombre. C'est en effet sur ce site que Guillaume Pépy a exprimé les regrets de la SNCF pour son rôle dans la déportation. La gare de Bobigny devint la principale gare française de déportation à partir de juillet 1943. Anne Bourgon, chargée du patrimoine mémoriel de la ville de Bobigny, en est désormais le gardien du temple.

 

L'ancienne gare de Bobigny fut réquisitionnée par les nazis à partir de juillet 1943, lorsque Alois Brunner prit la tête du camp de Drancy. Auparavant, les juifs étrangers raflés étaient déportés à partir de la gare du Bourget. Le transfert à la gare de marchandises de Bobigny correspondit aussi au début de la déportation des juifs français :

 

Drancy-Le Bourget-Bobigny est aussi connu sous le nom de «triangle de la déportation». Le choix de ces lieux n'était toutefois pas prémédité. Le régime de Vichy opta pour ces villes pour des raisons pratiques. La cité de la Muette de Drancy, inachevée et inhabitée à cause de la crise de 1929, servait en effet à interner des milliers de juifs. De plus, le réseau ferré existant reliait déjà Bobigny à Auschwitz :

 

Entre juillet 1943 et août 1944, 23 convois de 1000 personnes partirent de la gare de Bobigny pour le camps de concentration et d'extermination d'Auschwitz-Birkenau, soit un tiers des 74 000 juifs de France déportés. Des témoignages de survivants et de cheminots permettent de connaître les conditions d'embarquements :

 

La gare de Bobigny n'est plus en activité depuis la fin de la guerre :

 

Pour l'instant, la gare de déportation n'est pas ouverte au public. Parfois, des visites guidées sont organisées exceptionnellement par l'office de tourisme. Ceci dit, elle pourrait être réhabilitée et devenir un lieu de mémoire dans les prochaines années :

 

La ville de Bobigny n'envisage toutefois pas la construction d'un mémorial ou d'un musée. L'esprit du projet est de redonner au site son aspect d'origine.

Jean-Philippe Chognot

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : France
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Lundi 15 novembre 2010 1 15 /11 /Nov /2010 23:28

Des élèves de l’École normale supérieure (ENS) ont bloqué la rue d’ULM, à Paris, lundi 15 novembre en fin d’après-midi. Ils soutiennent le personnel non-gréviste de l’établissement qui demande des titularisations, des revalorisations salariales et des embauches.

Élèves-normaliens, professeurs, personnel non-enseignant de l’ENS et même étudiants non-normaliens… Lundi 15 novembre en fin d’après-midi, environ cent cinquante personnes ont bloqué la rue d’Ulm pendant trois quarts d’heure. Leur mobilisation dure depuis trois semaines et a reçu le soutien d’élus (Parti de gauche, PCF…) et de syndicalistes (CGT, SUD…). Voici quelques images du blocage : 

 

 

Les élèves de Normal Sup’ ne manifestent pas pour leurs droits mais pour ceux du personnel non-enseignant de leur établissement. Ces derniers ont trois revendications principales :

  • des revalorisations salariales : les employés de cantine, de bibliothèque ou encore d’entretien gagnent en moyenne 1 100 euros par mois. En comparaison, la majorité des élèves-normaliens perçoivent 1 380 euros.
  • des titularisations : la plupart des employés non-enseignants de l’ENS enchaînent des CDD de courte durée. Cela les handicape dans leurs recherches de logement notamment.
  • des embauches : les employés estiment être en sous-effectif. La direction a proposé la création d’un nouveau poste en CDD. Proposition refusée par les grévistes pour « ne pas rajouter de la précarité à la précarité ».

Jean-Philippe Chognot

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : France
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Jeudi 16 septembre 2010 4 16 /09 /Sep /2010 21:06

2010-09-15 019 ALa Sécurité routière a lancé hier une campagne pour sensibiliser les conducteurs à la vulnérabilité des utilisateurs de deux-roues motorisés. Ceux-ci dénoncent le manque de vigilance des automobilistes.

Romain a eu chaud. Casque et combinaison noirs, le motard de 32 ans vient d’éviter la chute de justesse. Une berline rouge lui a coupé la route sans prévenir, sur la place de l’Étoile à Paris. « Les automobilistes ne font vraiment pas attention aux deux-roues, peste-t-il. Rouler dans Paris est un numéro d’équilibriste ; si l’on n’est pas vigilant, on frôle l’accident toutes les cinq minutes. » Ce sentiment d’insécurité se traduit dans les chiffres : 1 187 usagers de deux-roues motorisés sont morts sur les routes en 2009, selon la Sécurité routière.

Cette dernière a lancé hier une campagne de communication pour faire prendre conscience aux conducteurs de la vulnérabilité des utilisateurs de deux-roues. Des autocollants seront placés sur un million de véhicules en France, dont 200 000 dans la capitale. On pourra y lire des messages de prudence. Par exemple : « Salut, je m’appelle Thomas et je suis motard. Vous me croiserez peut-être sur votre prochain trajet. Merci de faire attention à ma vie. »

Marc Bertrand, chargé de la Sécurité routière à la Fédération française des motards en colère (FFMC), accueille l’opération favorablement. Il estime que la plupart des accidents sont dus à un manque de vigilance des automobilistes. « Il est très fréquent que les conducteurs oublient de mettre leurs clignotants quand il y a du trafic. »

 

Dans la peau d’un motard

Benjamin, 24 ans, a connu une telle mésaventure, fin août autour de la place de l’Étoile. « Une voiture a grillé ma priorité, m’a doublé par la droite et m’a fait une queue-de-poisson. Je suis tombé en essayant de l’éviter, raconte-t-il. J’ai eu beaucoup de chance parce que j’aurais pu me faire très mal. » Le véhicule qui l’a renversé était immatriculé dans les Yvelines. Ce n’est pas un hasard selon Eric, conducteur de scooter. « J’ai remarqué que les Parisiens font plus attention aux deux-roues que les provinciaux ou les banlieusards, note le père de famille de 42 ans. Ils sont plus habitués à cohabiter avec nous. »

Pour familiariser l’ensemble des automobilistes aux deux-roues, les Motards en colère préconisent de réformer l’apprentissage de la conduite automobile. « Nous demandons que, dans les autoécoles, les apprentis conducteurs montent au moins une fois à l’arrière d’une moto pour se mettre dans la peau d’un motard », recommande Marc Bertrand.

De leur côté, beaucoup d’automobilistes rejettent la responsabilité sur les comportements à risque deux-roues. Pierre, 62 ans, soutient ce point de vue. « Le principal problème, ce sont les livreurs et les conducteurs de scooters. Ils roulent vite, ils vous passent devant, vous doublent, vous engueulent… Ce sont des dangers publics », conclut-il.

Jean-Philippe Chognot

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : France
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Lundi 4 mai 2009 1 04 /05 /Mai /2009 15:30

Nicolas Sarkozy a soutenu le projet de collaboration entre collectivités franciliennes initié par le maire de la capitale. Le Grand Paris institutionnel est remis à plus tard.

Assis face au chef de l’Etat, Bertrand Delanoë buvait du petit lait. « Je souhaite voir réunis tous les élus dans une agora du Grand Paris en partant de ce que vous avez imaginé, monsieur le maire de Paris, cher Bertrand, avec Paris-Métropole. » En adoubant cet embryon de communauté urbaine lors de son discours sur le Grand Paris, Nicolas Sarkozy a offert une belle victoire politique au maire socialiste de la capitale. Contraint et forcé.

Pour Nicolas Sarkozy, il s’agissait d’éteindre définitivement l’incendie allumé début mars par Edouard Balladur et sa proposition de fusion de Paris et des trois départements de la petite couronne. Le projet avait ulcéré les élus locaux, y compris à droite. Signe de sa mauvaise humeur, le très sarkozyste président du conseil général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian, avait annoncé dans la foulée son intention de rejoindre Paris-Métropole.

Les élus de la majorité pourront désormais adhérer sans crainte. « L’oracle nous a donné son blanc-seing », sourit Philippe Laurent, maire divers droite de Sceaux et l’un des cofondateurs du projet.

 

Un climat de confiance

Tout a commencé en 2001, lorsque Bertrand Delanoë a voulu casser le complexe de supériorité parisien et renouer le dialogue avec ses collègues de la petite couronne. « Il y avait beaucoup à se faire pardonner. Ces cinquante dernières années, Paris avait méprisé la banlieue et amené toute une série de nuisances », explique Philippe Laurent. Huit ans plus tard, l’organisation regroupe déjà 87 collectivités franciliennes sur les 174 susceptibles d’adhérer (région, départements, communes, etc.).

Neuf maires de droite se sont déjà laissé tenter. « C’était la première initiative à l’échelle francilienne, j’ai donc adhéré tout de suite et sans réserve », justifie Jean-Christophe Fromentin, maire de Neuilly-sur-Seine. « Pierre Mansat, l’adjoint de Delanoë chargé de Paris-Métropole, nous a mis dans un climat de confiance. Et nous sommes solidaires de l’agglomération. Si Paris se cassait la gueule, nous tomberions avec », renchérit Philippe Laurent.

Pour l’instant, Paris-Métropole est un simple syndicat d’études où les élus discutent de transports, de développement économique ou d’urbanisme. « C’est une structure d’échange et de réflexion, pas de gouvernance », précise Jean-Christophe Fromentin.

Mais le pouvoir de Paris-Métropole pourrait se renforcer, surtout après l’onction présidentielle. « Cela doit devenir une véritable intercommunalité puissante avec à sa tête des élus locaux », plaide Philippe Laurent.

 

Réunion début juin

Jamais une communauté de communes aussi grande n’a vu le jour en France. Mission impossible ? Pour Damien Christiany, spécialiste de l’intercommunalité, un tel mastodonte ne pourrait fonctionner qu’après un grand Yalta francilien où les élus s’entendraient sur le partage du pouvoir. Si l'on appliquait à la lettre la loi sur les communautés urbaines, « Paris disposerait d'un nombre de sièges disproportionné par rapport aux autres villes », met en garde l’expert.

Paris-Métropole n’en est pas encore là. En effet, le « syndicat mixte d’étude » n’est qu’un nouveau-né. L’organisation a obtenu le feu vert du préfet de Paris le jeudi 30 avril, au lendemain du discours présidentiel. Paris-Métropole doit désormais constituer son bureau et élire son président en assemblée générale. Cette réunion est prévue début juin à Clichy-sous-Bois.

Jean-Philippe Chognot

 

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : France
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