Nicolas Sarkozy a soutenu le projet de collaboration entre collectivités
franciliennes initié par le maire de la capitale. Le Grand Paris institutionnel est remis à plus tard.
Assis face au chef de l’Etat, Bertrand Delanoë buvait du petit lait. « Je souhaite voir réunis tous les élus dans une agora du Grand Paris en partant de ce que vous avez imaginé, monsieur le maire de Paris, cher Bertrand, avec Paris-Métropole. » En adoubant cet embryon de communauté urbaine lors de son discours sur le Grand Paris, Nicolas Sarkozy a offert une belle victoire politique au maire socialiste de la capitale. Contraint et forcé.
Pour Nicolas Sarkozy, il s’agissait d’éteindre définitivement l’incendie allumé début mars par Edouard Balladur et sa proposition de fusion de Paris et des trois départements de la petite couronne. Le projet avait ulcéré les élus locaux, y compris à droite. Signe de sa mauvaise humeur, le très sarkozyste président du conseil général des Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian, avait annoncé dans la foulée son intention de rejoindre Paris-Métropole.
Les élus de la majorité pourront désormais adhérer sans crainte. « L’oracle nous a donné son blanc-seing », sourit Philippe Laurent, maire divers droite de Sceaux et l’un des cofondateurs du projet.
Un climat de confiance
Tout a commencé en 2001, lorsque Bertrand Delanoë a voulu casser le complexe de supériorité parisien et renouer le dialogue avec ses collègues de la petite couronne. « Il y avait beaucoup à se faire pardonner. Ces cinquante dernières années, Paris avait méprisé la banlieue et amené toute une série de nuisances », explique Philippe Laurent. Huit ans plus tard, l’organisation regroupe déjà 87 collectivités franciliennes sur les 174 susceptibles d’adhérer (région, départements, communes, etc.).
Neuf maires de droite se sont déjà laissé tenter. « C’était la première initiative à l’échelle francilienne, j’ai donc adhéré tout de suite et sans réserve », justifie Jean-Christophe Fromentin, maire de Neuilly-sur-Seine. « Pierre Mansat, l’adjoint de Delanoë chargé de Paris-Métropole, nous a mis dans un climat de confiance. Et nous sommes solidaires de l’agglomération. Si Paris se cassait la gueule, nous tomberions avec », renchérit Philippe Laurent.
Pour l’instant, Paris-Métropole est un simple syndicat d’études où les élus discutent de transports, de développement économique ou d’urbanisme. « C’est une structure d’échange et de réflexion, pas de gouvernance », précise Jean-Christophe Fromentin.
Mais le pouvoir de Paris-Métropole pourrait se renforcer, surtout après l’onction présidentielle. « Cela doit devenir une véritable intercommunalité puissante avec à sa tête des élus locaux », plaide Philippe Laurent.
Réunion début juin
Jamais une communauté de communes aussi grande n’a vu le jour en France. Mission impossible ? Pour Damien Christiany, spécialiste de l’intercommunalité, un tel mastodonte ne pourrait fonctionner qu’après un grand Yalta francilien où les élus s’entendraient sur le partage du pouvoir. Si l'on appliquait à la lettre la loi sur les communautés urbaines, « Paris disposerait d'un nombre de sièges disproportionné par rapport aux autres villes », met en garde l’expert.
Paris-Métropole n’en est pas encore là. En effet, le « syndicat mixte d’étude » n’est qu’un nouveau-né. L’organisation a obtenu le feu vert du préfet de Paris le jeudi 30 avril, au lendemain du discours présidentiel. Paris-Métropole doit désormais constituer son bureau et élire son président en assemblée générale. Cette réunion est prévue début juin à Clichy-sous-Bois.
Jean-Philippe Chognot
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