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Mercredi 27 avril 2011 3 27 /04 /Avr /2011 08:03

Tout en vendant six fois moins d’appareils que le groupe finlandais, l’inventeur de l’iPhone est devenu le premier vendeur de portables au monde en valeur.

Infographie.jpgOù s’arrêtera Apple ? Présent depuis moins de quatre ans dans la téléphonie mobile, le groupe américain domine désormais le marché en termes de chiffre d’affaires. Au premier trimestre, l’iPhone lui a rapporté 11,9 milliards de dollars (8,2 milliards d’euros), surpassant Nokia (9,4 milliards de dollars, soit 6,4 milliards d’euros), jusqu’ici leader incontesté sur ce marché. Un chiffre d’autant plus impressionnant que le finlandais a vendu six fois plus de téléphones qu’Apple !

Les chiffres de croissance dévoilés mercredi dernier par Apple sont vertigineux. Son bénéfice net a presque doublé (+ 95 %) au premier trimestre, par rapport à la même période de 2010, atteignant 6 milliards de dollars (4,1 milliards d’euros). Même constat pour son chiffre d’affaires, en hausse de 83 %. L’iPhone est devenu la locomotive du groupe californien. Les ventes de téléphones ont plus que doublé en un an (+ 113 %). Avec ses accessoires, l’iPhone représente désormais la moitié des recettes du groupe.

Secret de sa réussite, l’iPhone est un produit haut de gamme à forte marge. Il combine « volumes solides et prix de gros élevés », résume Alex Spektor, analyste de Strategy Analytics. Chez Nokia, au contraire, huit mobiles vendus sur dix sont bas de gamme. Résultat : en moyenne, Apple vend son iPhone à 638 dollars (438 €) quand les centaines de modèles Nokia affichent un prix moyen de 87 dollars (60 €). « Apple parvient à partager davantage de coûts avec l’opérateur que tout autre fabricant d’appareils haut de gamme aux États-Unis », ajoute William Stofega, analyste chez IDC.

Hors téléphonie, Apple a été victime du succès entourant le lancement, en mars, de l’iPad 2, sa nouvelle tablette. La firme à la pomme n’a pas été en mesure de répondre à la forte demande, imposant des délais d’attente de plusieurs semaines. La première version de l’iPad a pour sa part connu un fort reflux au premier trimestre, sans doute lésée par l’arrivée de son petit frère. Les ordinateurs Mac, gamme historique du groupe, ne représentent plus qu’un cinquième des ventes du groupe.

L’entreprise californienne connaît un succès flamboyant en bourse. Elle représente désormais la troisième capitalisation boursière mondiale, à 323 millions de dollars (222 milliards d’euros), derrière Exxon Mobil, 428 milliards de dollars, et Petrochina, 330 milliards de dollars. Apple talonne le groupe pétrolier chinois malgré le fait que le chiffre d’affaires de ce dernier soit plus de trois fois supérieur. Certains analystes voient le groupe à la pomme au premier rang mondial cette année.

Apple espère continuer cette marche en avant dans les prochains mois avec le lancement de son iPhone 5. Selon l’agence de presse Reuters, dont les informations viennent de soustraitants d’Apple, sa production devrait débuter cet été pour une commercialisation en septembre prochain. L’iPhone 6 pourrait être lancé dès le premier semestre de l’année 2012.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 26/04/2011, en page 17.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : International
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Samedi 23 avril 2011 6 23 /04 /Avr /2011 21:15

La Chine compte commercialiser d’ici à deux ans du lait de vache contenant des protéines humaines. Le ministère de l’agriculture a donné son feu vert pour des tests de production de lait enrichi en lactalbumine, en lactoferrine et en lysozyme, par des vaches génétiquement modifiées.

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Où en sont les recherches ?

Le lait de vache contient déjà ces trois protéines, mais en faible quantité. Pour l’enrichir, les chercheurs modifient le code génétique des vaches. Au stade embryonnaire, ils introduisent des morceaux de chromosomes humains capables de déclencher une production abondante des protéines souhaitées. En Chine, ces recherches sont menées par l’université agricole de Pékin, sous la direction du chercheur Li Ning.

Les Chinois ont été précédés par les Pays-Bas et la Californie. « Depuis quinze ans, les Hollandais modifient des vaches qui produisent du lait enrichi en lactoferrine, indique Louis-Marie Houdebine, directeur de recherche honoraire à l’Institut national de la recherche agronomique (Inra). Mais ils ont dû freiner, face à une forte opposition des anti-OGM. » De leur côté, les Californiens enrichissent du lait de chèvre en lysozyme depuis environ six ans. « La Chine s’y est mise depuis trois ou quatre ans, assure le généticien. L’équipe de Li Ning fait du bon travail mais ne s’embarrasse pas des anti-OGM » et surtout des questions éthiques que ces recherches soulèvent.

 

Quelles sont les vertus de ce lait ?

La lactoferrine et le lysozyme sont antibactériens. « Ils peuvent empêcher certaines épidémies », précise Louis-Marie Houdebine. Par ailleurs, des études confèrent à la lactalbumine des propriétés anticancéreuses.

La lactoferrine d’origine bovine est déjà commercialisée en comprimés mais son extraction nécessite de grandes quantités de lait. « Avec le lait chinois enrichi, l’extraction ne sera sans doute plus nécessaire. Les quantités présentes dans le lait suffiront », anticipe Louis-Marie Houdebine. Selon Li Ning, les ventes annuelles de lactoferrine pourraient atteindre 5 milliards de dollars (3,4 milliards d’euros) dans le monde.

 

Sera-t-il commercialisé en France ?

Ce lait de vache chinois n’arrivera pas en France à moyen terme. Il devra d’abord être examiné par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) en France, et par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA) à l’échelle continentale. « Cela peut durer très longtemps », prédit Louis-Marie Houdebine.

Depuis le scandale du lait frelaté en 2008, les produits laitiers chinois n’ont pas la cote. « Le lait chinois enrichi en protéines humaines ne présente pas de danger », estime toutefois le chercheur français, tout en préconisant d’observer ses conséquences à long terme sur la flore intestinale.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 22/04/2011, en page 10.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : International
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Vendredi 22 avril 2011 5 22 /04 /Avr /2011 20:54

Les services secrets américains ont déclassifié mardi des documents, datant de 1917 et 1918, contenant des recettes d'encre sympathique.

Sans-titre.jpgLes espions en herbe sont gâtés. La CIA vient de lever le voile sur les secrets de fabrication de l’encre invisible, aussi appelée encre sympathique. L’agence centrale du renseignement américain a déclassifié mardi six anciens documents confidentiels compilant des recettes utilisées pendant la Première Guerre mondiale. « Des avancées récentes ont rendu ces secrets obsolètes », indique Marie E. Harf, porte-parole de la CIA.

Datés de 1917 et 1918, ces fac-similés sont une mine d’or pour apprentis agents secrets. Ils révèlent différents protocoles de fabrication, mais aussi de détection, de l’encre invisible. Les documents énumèrent également des méthodes alternatives de dissimulation : « placer un texte sous des timbres-poste », « cacher des messages dans des gélules » ou encore les « graver sur des ongles de pied ».

La CIA aurait pu dévoiler ces documents en mai 1976 mais elle les avait finalement jugés trop sensibles. « C’est étonnant parce que ces méthodes étaient déjà archaïques à l’époque », lâche Yvonnick Denoël, auteur du Livre noir de la CIA. Chaque année, la Central Intelligence Agency déclassifie plusieurs centaines de milliers de documents, au nom du Freedom of Information Act adopté en 1966. « Le fait de dissimuler des messages est vieux comme le monde, fait remarquer le spécialiste du renseignement. Par exemple, cinq siècles avant Jésus-Christ, on inscrivait des messages sur le crâne des esclaves et on attendait que leurs cheveux repoussent. »

L’encre sympathique est signalée pour la première fois à l’époque du naturaliste romain Pline l’Ancien, au début de notre ère. Le jus de citron et le vinaigre en étaient alors les ingrédients de base. Il suffisait de chauffer le support pour révéler le message.

Plus tard, des encres invisibles synthétiques seront beaucoup utilisées pendant les deux Guerres Mondiales. « Cela se prêtait surtout à l’envoi de messages courts », précise Yvonnick Denoël. Une variante consistait à appliquer de l’encre d’anthracène sur certaines lettres d’article de journal. Le récepteur reconstituait le message à l’aide d’une lampe à rayons ultraviolets. « Pour l’anecdote, pendant la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis avaient démasqué des taupes nazies en testant du courrier », raconte-t-il, en se référant au livre Espionnage et Technologie d’Olivier Voizeux.

L’encre invisible connut ses dernières heures au début de la guerre froide, comme système d’appoint, peu à peu remplacée par les messages codés. « Aujourd’hui, conclut Yvonnick Denoël, on peut cacher un très long message dans une photo numérique. »

Jean-Philippe Chognot

 

Une recette allemande

Parmi les six documents déclassifiés par la CIA, trois dévoilent des recettes allemandes d’encre sympathique, utilisées pendant la Première Guerre mondiale. En voici une : « Prenez une once (environ 28 grammes) d’huile de lin, vingt onces d’ammoniac liquide, cent onces d’eau distillée. Secouez bien ce mélange avant de l’utiliser avec une plume. Écrivez dans les espaces libres entre des mots écrits au crayon. Pour faire apparaître le texte secret, plongez la lettre dans de l’eau froide, et lisez pendant qu’elle est mouillée. Une fois sec, le texte disparaît, mais il réapparaît si vous le replongez dans l’eau. »

J.-Ph. C.

 

Article publié dans le journal La Croix, du 21/04/2011, en page 8.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : International
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Jeudi 21 avril 2011 4 21 /04 /Avr /2011 22:19

290_122128_vignette_DISCOURSINVESTITURE.jpgLe président burkinabé Blaise Compaoré a nommé lundi soir un nouveau premier ministre. Celui-ci est chargé de ramener le calme dans un pays touché par une vague de contestation. Depuis février, des soldats, des étudiants, des magistrats et des commerçants dénoncent une mauvaise répartition des richesses.

 

Pourquoi les Burkinabés se révoltent-ils ?

Quatre catégories de la population sont mobilisées. Chacune défend ses revendications propres. La contestation a démarré avec les étudiants, le 22 février, après la mort à Koudougou, dans des circonstances controversées, d’un élève interpellé lors d’une manifestation. « Au-delà de cet élément déclencheur, la jeunesse supporte de moins en moins la mauvaise répartition des richesses et le totalitarisme », indique un diplomate français basé dans la région.

Les militaires ont suivi le 22 mars, après la condamnation de cinq soldats dans des affaires de moeurs. Leur mutinerie s’est amplifiée à cause du non-versement de primes alimentaires, d’indemnités de logement et des salaires du mois de mars. « Ces facteurs alimentent un mécontentement des soldats à l’encontre de leur hiérarchie, gangrenée par la corruption », indique Alain Antil, chercheur à l’Institut français des relations internationales (Ifri).

Ces mutineries ont entraîné la révolte des commerçants et des magistrats. Les premiers protestent contre des pillages commis par les mutins. De leur côté, les personnels judiciaires se sont mis en grève après des attaques du palais de justice par des militaires.

Ces quatre mobilisations ont des points communs. « Que ce soient les soldats, les étudiants, les magistrats ou les commerçants, ils demandent tous plus d’égalité et de justice sociales, observe le diplomate. Au Burkina Faso, les disparités de revenus sont extravagantes. »

 

Blaise Compaoré est-il menacé ?

« Il ne faut pas enterrer Compaoré trop vite, prévient le diplomate français. Il fait preuve d’une grande ruse politique. » Le président burkinabé joue la carte de la négociation. Depuis le début du mois d’avril, il reçoit des représentants des différentes catégories socioprofessionnelles. « Il essaye de montrer l’image d’un président à l’écoute », note Alain Antil.

Le président a remanié des postes stratégiques. Il a remplacé le premier ministre Tertius Zongo par Luc Adolphe Tiao, jusqu’ici ambassadeur burkinabé à Paris. « C’est un bon communicant qui comble les lacunes de Compaoré dans ce domaine », estime le diplomate français. Par ailleurs, le chef d’état-major Dominique Diendéré a été limogé, au profit du colonel Honoré Traoré, une personnalité rattachée à l’école militaire de Pô, bastion de la mutinerie.

Au-delà des contestations, Blaise Compaoré, qui dirige le pays depuis un coup d’État en 1987, est surtout ébranlé par les guerres libyennes et ivoiriennes. « Abidjan est le seul accès à la mer du Burkina Faso. L’économie locale a donc beaucoup souffert du conflit ivoirien, explique Alain Antil. En ce qui concerne la Libye, Mouammar Kadhafi est le seul allié fidèle de Compaoré. Donc, si Kadhafi s’en va, ce dernier en sortira très affaibli. »

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 20/04/2011, en page 10.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : International
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Mercredi 20 avril 2011 3 20 /04 /Avr /2011 22:00

La Commission européenne a indiqué hier que la France « avait le droit » de suspendre la circulation des trains entre Vintimille et Menton dimanche.

La France était dans son bon droit. Selon Cecilia Malmström, commissaire européen aux affaires intérieures, les autorités françaises « avaient le droit » d’interrompre le trafic ferroviaire entre Vintimille, ville italienne frontalière, et Menton, dimanche pendant quelques heures. Paris avançait le motif suivant : plusieurs dizaines de militants des droits de l’homme comptaient embarquer à bord d’un « train de la dignité » en compagnie de migrants tunisiens, provoquant « des risques de trouble manifeste à l’ordre public », selon le ministère français de l’intérieur. « Les autorités françaises nous ont envoyé un courrier officiel ce matin, a indiqué hier la commissaire suédoise. Au regard de leur justification, cette interruption temporaire du trafic n’enfreint pas les règlements. »

La décision française d’interrompre le trafic a pourtant provoqué la colère des autorités italiennes. Celles-ci ont « protesté formellement » auprès de la France, a indiqué Franco Frattini, ministre des affaires étrangères, sur une télévision italienne. « L’Europe ne va nulle part si on érige des murs entre les pays », a-t-il ajouté. Rome estime que la France n’avait aucune raison d’empêcher les migrants tunisiens d’entrer sur son territoire, leurs permis de séjour étant « valables et reconnus par la France », au nom de la convention de Schengen. Ce texte européen, adopté par vingt-cinq pays dont la France et l’Italie, ouvre les frontières entre les signataires. L’Italie n’a toutefois déposé « aucune plainte officielle » à la Commission, selon Michele Cercone, porte-parole de la commissaire.

« Nous faisons une application à la lettre et dans l’esprit des accords, a répondu le ministre de l’intérieur Claude Guéant, hier dans la matinée. Un problème d’ordre public était en perspective et la façon la plus simple de le traiter était d’interrompre l’avancée de ce train. » Selon l’article 23 du code frontières Schengen, les pays signataires ont le droit de « réintroduire exceptionnellement des contrôles aux frontières pour une durée limitée à trente jours maximum » s’ils s’estiment confrontés à « une menace sérieuse de leur sécurité intérieure ».

L’Italie est confrontée à un afflux massif d’immigrants clandestins sur ses côtes depuis le début de la révolution tunisienne en janvier dernier. Le 7 avril, le pays a accordé des permis de séjour de six mois à plus de 20 000 Tunisiens, provoquant le courroux des autorités françaises, allemandes et autrichiennes. Michele Cercone a précisé hier que ces permis de séjour « ne sont pas des visas et ne donnent pas un droit automatique à traverser les frontières » dans l’espace Schengen.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 19/04/2011, en page 6.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : International
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Jeudi 14 avril 2011 4 14 /04 /Avr /2011 12:22

L’explosion d’une bombe sur un quai de métro a tué douze personnes et en a blessé plus de cent, lundi dans la capitale biélorusse. Le président Alexandre Loukachenko a ordonné aux services de renseignements de « retourner tout le pays » pour trouver les auteurs, tout en évoquant un « cadeau de l’étranger ». Une journée de deuil national est prévue aujourd’hui.

 

Que s’est-il produit à Minsk ?

Une déflagration a eu lieu lundi, à 17h54, à la station de métro Oktiabrskaïa, à une centaine de mètres de la présidence biélorusse. Elle a été provoquée par un engin de cinq à sept kilos d’équivalent-TNT, qui était caché sous un banc et contenait des billes en métal d’un centimètre de diamètre. Environ 300 personnes se trouvaient près de la bombe lors de l’explosion, survenue à une heure de pointe. Un train arrivait au même moment sur le quai d’en face et a reçu l’instruction de ne pas s’arrêter pour éviter un mouvement de panique. Douze personnes sont décédées et vingt-deux ont été blessées, selon les enquêteurs du KGB biélorusse. L’explosion a laissé un cratère d’environ 80 centimètres de diamètre sur le quai.

 

Connaît-on les auteurs de l’attentat ?

L’attentat n’a pas été revendiqué. Le parquet de Minsk a annoncé hier l’interpellation de plusieurs personnes, dont le nombre et l’identité n’ont pas été révélés. Le procureur général adjoint, Andreï Chved, a indiqué que des portraits-robots de suspects avaient été préparés et seraient rapidement publiés. Alexandre Milinkevitch, l’un des principaux opposants au président Loukachenko, a pour sa part exclu toute implication de l’opposition.

« Les coupables doivent être retrouvés dans les plus brefs délais. Retournez tout le pays », a ordonné Alexandre Loukachenko au KGB dès lundi soir, ajoutant qu’il n’excluait pas « que ce ‘‘cadeau’’ vienne de l’étranger ». Celui qui gouverne le pays d’une main de fer depuis seize ans avait déjà dénoncé un « complot de l’étranger » lors d’un précédent attentat non élucidé en juillet 2008 et, en décembre dernier, quand des opposants avaient manifesté pour contester sa réélection. « C’est une accusation qu’il lance à tout bout de champ », commente Jean-Charles Lallemand, spécialiste du régime biélorusse, qui n’exclut pas que l’attentat soit « un coup monté par le pouvoir pour se donner un prétexte pour remanier son régime ». En revanche, le politologue récuse l’hypothèse islamiste : « La situation n’est pas la même que dans le Caucase. Il n’y a jamais eu d’attentats islamiques en Biélorussie. »

 

Comment réagit le pouvoir ?

L’opposant Alexandre Milinkevitch redoute que la tragédie n’entraîne une « nouvelle spirale de répression politique ». « On peut effectivement s’attendre à un régime d’exception sécuritaire renforcé avec des arrestations arbitraires et généralisées », prédit Jean-Charles Lallemand. De fait, l’attentat intervient dans un contexte de tensions politiques. « En décembre, après l’élection présidentielle, la répression est montée à un niveau jamais atteint en seize ans », poursuit l’expert. Plus de six cents opposants ont été arrêtés après la réélection controversée d’Alexandre Loukachenko. Vingt-deux sont encore en détention et cinq ont fui à l’étranger, dénonçant des tortures. Plusieurs candidats à la présidentielle ont été inculpés d’« organisation de troubles massifs » et encourent jusqu’à quinze ans de prison.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 13/04/2011, en page 11.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : International
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Samedi 9 avril 2011 6 09 /04 /Avr /2011 22:47

L’arrestation de l’artiste Ai Weiwei, dimanche dernier, intervient dans un contexte de répression accrue envers la dissidence chinoise.

L’artiste Ai Weiwei, 53 ans, arrêté sans justification dimanche à Pékin, sait depuis hier de quoi on l’accuse. Ce défenseur de la démocratie et des droits de l’homme est soupçonné de « crimes économiques », a fait savoir la justice chinoise. « C’est une accusation fabriquée, un grand classique, assure Jean-Pierre Dubois, président de la Ligue des droits de l’homme (LDH). La Chine essaye de combattre les démocrates en les amalgamant avec des corrompus. »

La France, l’Allemagne, le Royaume-Uni et les États- Unis se sont indignés de cette arrestation. Le ministère chinois des affaires étrangères a répliqué que « les autres pays n’ont pas le droit d’interférer » dans cette affaire qui « n’a rien à voir avec les droits de l’homme ou la liberté d’expression ».

Les interpellations de militants des droits de l’homme se sont multipliées depuis fin février. À l’époque, des sites Internet hébergés à l’étranger avaient lancé un appel à des « rassemblements du Jasmin » dans les treize principales villes chinoises, s’inspirant des soulèvements tunisien et égyptien. Selon China Human Rights Defenders, organisation basée à Hong Kong, trente personnes auraient été arrêtées suite à l’appel et une douzaine n’aurait pas réapparu.

« Citons, sans prétendre être exhaustifs, les disparitions forcées des avocats Teng Biao, Jiang Tianyong, Tang Jitian ; la mise en détention du juriste Xu Zhiyong ; l’agression dont a été victime l’avocat Liu Shihui ; les arrestations des intellectuels Ran Yunfei, Hua Chunhui, Liang Haiyi, Ding Mao, Chen Wei et Pu Fei pour subversion du pouvoir d’État ou incitation à la subversion du pouvoir d’État. On est sans nouvelles des lieux et des conditions de détention de toutes ces personnes », dénonce la Ligue des droits de l’homme.

« Le pouvoir chinois serre la vis depuis l’attribution du prix Nobel de la Paix au dissident Liu Xiaobo en novembre et depuis les soulèvements arabes de ce début d’année, observe Jean-Pierre Dubois. C’est le signe d’un affaiblissement du pouvoir, qui fait face à une contestation de plus en plus vive. » En début d’année, le président chinois Hu Jintao avait laissé espérer un fléchissement de la répression. « Il reste beaucoup à faire en Chine en matière de droits de l’homme », avait-il reconnu le 19 janvier, lors d’une rencontre avec Barack Obama à Washington.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 08/04/2011, en page 6.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : International
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Jeudi 7 avril 2011 4 07 /04 /Avr /2011 15:10

Le chanteur populaire Michel Martelly remporte les élections présidentielles en Haïti avec plus de 67% des voix, selon les résultats préliminaires annoncés lundi soir. Les résultats définitifs seront connus le 16 avril et le vainqueur entrera en fonction le 14 mai.

http://www.lefigaro.fr/medias/2011/04/05/76079a8c-5f47-11e0-b5ac-5de5716daa7d.jpgSon inexpérience aurait pu être une faiblesse, elle est devenue sa principale force. Le curriculum vitae politique de Michel Martelly, tout juste élu président d’Haïti, est vierge. « Je n’ai jamais été impliqué dans la politique. J’ai les mains propres », scande-t-il, tel un slogan. Le néophyte de 50 ans s’est posé en candidat de la rupture avec le « vieux système ». « Je suis le changement et le changement est en train de gagner les élections », avait-il clamé entre les deux tours.

L’artiste populaire revient de loin. Écarté au premier tour le 28 novembre 2010 par des fraudes massives qui avaient profité au candidat du pouvoir, Jude Célestin, Michel Martelly avait finalement été désigné le 3 février pour affronter au deuxième tour Mirlande Manigat, constitutionnaliste et ex-première dame d’Haïti.

Michel Martelly était déjà président, mais d’un genre différent. Il s’était autoproclamé « président du compas », genre musical populaire en Haïti. Cet enfant de la classe moyenne de Port-au-Prince, qui avait arrêté ses études pour se consacrer à la musique, enregistre ses premières chansons à la fin des années 1980. Sous les pseudonymes de Sweet Micky et Tèt Kalé (« crâne chauve » en créole), il séduit grâce à des succès comme Ou la la, Konpa Foret des pins ou Pa manyen.

Cette carrière lui offre une aura auprès des jeunes, socle de son électorat, dans un pays où la majorité de la population a moins de 21 ans. À l’annonce des résultats, ils étaient nombreux à crier leur joie dans les rues de Port-au-Prince. Pendant la campagne, le candidat leur a fait des promesses. « Un jeune Haïtien doit pouvoir travailler, s’acheter une voiture et vivre décemment », a-t-il lancé. 

Il a également axé son programme sur la « sortie de crise post-séisme », après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, qui a tué 250 000 Haïtiens et laissé de nombreux rescapés toujours sans logement, confrontés à l’épidémie sporadique de choléra qui a fait 5 000 morts depuis novembre. « Ces centaines de milliers d’enfants, de femmes et d’hommes empilés sous des tentes de fortune devront sortir car à la roulette russe des épidémies, le jeu a trop duré », a lancé Michel Martelly.

Sweet Micky est accusé par ses détracteurs d’être moins éloigné du système qu’il ne le proclame. Par exemple, le 16 janvier, il a approuvé le retour au pays de l’ancien « président à vie » Jean-Claude Duvalier, pourtant accusé de crimes contre l’humanité. Certains le qualifient d'ailleurs de « néo-duvaliériste ». Il a également souhaité que, une fois au pouvoir, « tous les anciens présidents deviennent (ses) conseillers afin de pouvoir profiter de leur expérience ». Pas sûr que le nouveau président, désormais élu, mettra cette idée en application.

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 06/04/2011, en page 6.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : International
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Mercredi 6 avril 2011 3 06 /04 /Avr /2011 12:50

Les soulèvements arabes mettent l’Iran dans l’embarras. Tenté de soutenir les révoltes, le régime craint la contagion.

http://www.asianews.it/files/img/IRAN_-_khamenei_%28450_x_305%29.jpgLe printemps arabe est un casse-tête pour la République islamique iranienne. Ses dirigeants pèsent leurs mots depuis le début des soulèvements. Le guide suprême Ali Khamenei a énoncé la ligne officielle lors du Nouvel An iranien, le 21 mars : « L’Iran soutient tous les mouvements de révolte qui ont pour slogan l’islam et la liberté. » Derrière cette déclaration monolithique se cachent plusieurs positions contradictoires.

Par la voix de l’agence officielle Irna, l’Iran, puissance régionale non arabe, minimise la contestation syrienne et accuse Israël de l’avoir initiée. « Cela démontre une grande nervosité, commente François Nicoullaud, ambassadeur de France à Téhéran entre 2001 et 2005. Bachar Al Assad est le seul allié fidèle de l’Iran dans la région et la Syrie est un point de passage vital vers le Hezbollah libanais. »

Deuxième point sensible : Bahreïn. Le micro-royaume, dirigé par la famille sunnite Al Khalifa, a réprimé le soulèvement de sa majorité chiite. Le pouvoir bahreïnien et son voisin saoudien dénoncent une ingérence de Téhéran. Cette accusation ne paraît pas fondée. Elle a notamment été démentie par l’amiral Michael Mullen, chef d’état-major de l’armée américaine. « Les dirigeants iraniens sont très prudents, assure un observateur européen à Téhéran. Pour des raisons stratégiques, ils veulent conserver des relations pas trop conflictuelles avec l’Arabie saoudite. » Dimanche, pourtant, le Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui regroupe six monarchies de la péninsule arabique, a renouvelé ses accusations d’« ingérences flagrantes » de l’Iran dans la région.

L’Iran est moins réservé sur les autres révoltes, notamment au Maghreb. L’ayatollah Khamenei y voit « le signe du réveil islamique », enfanté par la révolution de 1979. Les autorités iraniennes souhaitent en tirer avantage. « Elles espèrent que la chute de régimes souvent prooccidentaux va affaiblir la présence américaine dans la région, indique l’observateur de Téhéran. L’Iran veut apparaître comme l’îlot de stabilité face à un monde arabe déstabilisé. »

Cette stratégie risque toutefois d’isoler davantage la République islamique. Son discours religieux et antiaméricain s’inscrit en décalage face aux aspirations démocratiques des peuples qui se sont soulevés. « Ils n’ont pas brûlé un seul drapeau américain, fait remarquer Ahmad Salamatian, ex-député iranien, exilé à Paris depuis 1981. C’est le résultat de la politique de la main tendue du président Barack Obama. »

Le pouvoir iranien est aussi affaibli de l’intérieur, délégitimé par la réélection frauduleuse du président Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009. Réprimé férocement, le « Mouvement vert » de contestation s’est essoufflé au bout de huit mois. Ses deux leaders, Mehdi Karoubi et Mir Hossein Moussavi, sont à l’isolement depuis février. « Le mouvement n’est pas mort, assure pourtant Ahmad Salamatian. Le feu couve toujours sous les cendres. »

L’opposition iranienne a tenté de profiter du printemps arabe pour se relancer. Le 14 février, le 20 février et le 1er mars, quelques milliers de personnes sont descendues dans les rues de plusieurs grandes villes. « La réaction du pouvoir a été extrêmement dure, alors que la mobilisation était plutôt sporadique », rapporte l’observateur européen à Téhéran. Cette réaction disproportionnée témoigne d’une crainte de contagion. Pour l’instant, la répression permet au régime de mater la contestation. Il n’est pas à l’abri pour autant. « Le pouvoir iranien, conclut Ahmad Salamatian, n’est pas plus stable que le régime de Hosni Moubarak, en Égypte, trois mois avant sa chute. »

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 05/03/2011, en page 5.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : International
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Vendredi 1 avril 2011 5 01 /04 /Avr /2011 12:29

Près de cinq mois après les élections législatives, le Conseil d’État pour la Paix et le Développement (SPDC), plus connu sous le nom de la « junte birmane », a été dissous hier. Un gouvernement composé de civils le remplace.

 

Le pouvoir birman change-t-il vraiment de nature ?

Officiellement, le régime n’est plus militaire. Dans les faits, le pouvoir reste entre les mêmes mains. La quasi-totalité des membres du gouvernement présenté hier sont d’anciens militaires. La plupart ont quitté l’armée en 2010 pour pouvoir participer aux élections des parlements régionaux en novembre. « Ils avaient tous de l’autorité dans les structures de la junte, indique Olivier Guillard, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Ils ont seulement abandonné leur treillis pour le costume. » À la tête de l’État, le généralissime Than Shwe est remplacé par un de ses fidèles, Thein Sein, intronisé président hier. Cet ancien général est le premier ministre sortant. Il a mis un terme à sa carrière militaire en avril 2010, après quarante-sept ans passés dans l’armée. Pour sa part, l’ancien leader « Than Shwe voudrait se retirer progressivement tout en gardant la main sur un secteur lucratif, comme celui de l’énergie », indique Sophie Boisseau du Rocher, chercheur à l’Asia Centre.

 

Faut-il s’attendre à un assouplissement du régime ?

La dissolution de la junte donne naissance à ce que les militaires qualifient de « démocratie civile disciplinée et prospère ». Ce nouveau régime n’a de démocratique que le nom. Pourtant, de nouveaux partis d’opposition ont vu le jour à l’occasion des élections de novembre dernier. « Il y a de nouveaux acteurs dans la vie politique birmane : on compte au moins cinq partis d’opposition crédibles, note Sophie Boisseau du Rocher. Certes, ils manquent singulièrement de moyens et de capacité de nuisance, mais ils existent et c’est une tendance nouvelle. » Pour sa part, l’opposante historique Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix 1991, a été libérée le 13 novembre dernier, après sept ans de résidence surveillée. « Le fait que la junte ait décidé de donner une allure plus présentable à ses institutions alors que rien ne l’y contraignait marque le début de l’idée d’un changement à moyen ou long terme », estime Olivier Guillard.

 

La communauté internationale va-t-elle revoir sa politique de sanctions ?

Le dossier birman divise la communauté internationale. La plupart des démocraties occidentales appliquent des sanctions politiques et économiques à la Birmanie depuis la fin des années 1980. Parmi eux, les États-Unis et le Royaume-Uni sont les plus sévères. La France, l’Allemagne et l’Italie réfléchissent au contraire à une levée, au moins partielle, de sanctions qui n’ont pas prouvé leur efficacité. « Ils y réfléchissent discrètement pour que leurs opinions publiques et les organisations non gouvernementales ne s’en émeuvent pas », commente Olivier Guillard. De leur côté, les voisins asiatiques de la Birmanie accueillent favorablement son polissage institutionnel. « L’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est, NDLR) a toujours essayé d’inciter son ‘‘mouton noir’’ à devenir plus présentable, explique l’expert de l’Iris. C’est également le cas de la Chine. »

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le journal La Croix, du 31/03/2011, en page 10.

Par Jean-Philippe Chognot - Publié dans : International
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