Mardi 22 mai 2007
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Emmanuelle A. est étudiante en journalisme. Une passion lui tient tout particulièrement à cœur : l’Inde. Depuis sa découverte de ce pays, sa vision du monde a
radicalement changé. Elle nous explique pourquoi.
Jean-Philippe Chognot : L’Inde est la grande passion de votre vie. Cet intérêt vous vient-il de loin ?
Emmanuelle A. : Non. Il y a peu, je n’avais pas encore d’attirance particulière pour l’Inde. Rien ne me poussait à m’intéresser à cet Etat plutôt qu’à un autre. En fait, j’ai été frappée d’un
coup de foudre pour ce pays et pour sa population lors d’un voyage que j’ai réalisé là-bas en août 2006. Le choix de cette destination n’était d’ailleurs pas de mon ressort. J’avais le choix
entre le Maroc et l’Inde. Il s’est finalement trouvé que je suis allée en Inde.
J.-P.C. : Ce voyage était-il programmé dans un but précis ou était-ce seulement un séjour de vacances ?
E.A. : Un peu des deux. La raison première de ce périple consistait en un déplacement journalistique. Je faisais partie d’une association de journalisme. Nous étions sponsorisés par quelques
entreprises de Côte d’Or dont, par exemple, le journal régional Le Bien Public. Nous avions pour objectif de réaliser un magazine focalisé sur l’Inde. Mais on peut aussi considérer que c’était
des vacances parce que j’y suis aussi allée pour le plaisir pendant mes congés.
J.-P.C. : Avant d’entreprendre ce voyage, quelle image vous faisiez-vous du pays ?
E.A. : J’avais les clichés que les media nous font passer. Par exemple, l’Inde me semblait être un pays très religieux où la population est très croyante. J’imaginais un pays chaud et pluvieux
que la culture occidentale n’avait pas encore envahi. Je voyais aussi des gens très pauvres mais toujours chaleureux et souriants. A la télévision, l’Inde est toujours associée à la mendicité
donc, évidemment, c’est l’image que je m’en faisais.
J.-P.C. : Vos premières impressions à l’aéroport ont-elles confirmé vos préjugés ?
E.A. : Quand j’ai posé le pied à Bombay, une partie de mes idées préconçues ont en effet été accréditées. L’idée que je me faisais de l’extrême pauvreté du pays a été entérinée. Dès ma sortie de
l’avion, il m’a été donné à voir la misère et le dénuement de ce peuple. Des centaines de mendiants, adultes et enfants, passaient leurs mains à travers les grillages de sécurité pour demander de
l’argent ou de quoi manger. Cela a vraiment été un choc considérable pour moi.
J.-P.C. : Le mode de vie des Indiens que vous avez côtoyés vous a-t-il marqué ?
E.A. : Nous étions en contact direct avec la population. A part nos familles d’accueil qui avaient un mode de vie relativement proche du nôtre, nous avons bien sûr été amenés à interroger de
jeunes gens bien moins initiés à l’occident. Ma rencontre avec eux m’a profondément enrichie. Par exemple, j’ai découvert que les indiens de ma génération n’ont absolument pas les mêmes
préoccupations que moi. Ils sont bien plus influencés que nous par les dogmes de leur religion.
J.-P.C. : Des sujets sont probablement revenus régulièrement dans vos conversations. Lesquels ?
E.A. : Nous avons évoqué de nombreux sujets qui nous tenaient à cœur. Mais le planning familial était un thème récurent. Cette institution n’a pas vraiment d’équivalent en France. C’est une sorte
d’association qui se rend dans les foyers pour informer les femmes et les enfants en particulier. Ils sont alertés sur les recours en cas de violence conjugale ou encore sur l’usage du
préservatif et des techniques d’avortement. C’est une volonté de l’Etat d’améliorer la vie de la femme et des enfants dans ce pays où les conditions de vie sont très compliquées.
J.-P.C. : A partir de ces rencontres, vous avez donc réalisé un magazine. Comment vous répartissiez-vous les rôles ?
E.A. : Tous les matins, nous nous réunissions à l’Alliance Française. C’est un lieu où les étudiants indiens apprennent la langue française. C’était notre quartier général. La salle de conférence
nous était réservée et nous y tenions nos conférences de rédaction. C’est lors de ces réunions que nous nous répartissions les articles. Le reste du temps était consacré à la recherche
d’informations et à leur rédaction.
J.-P.C. : Dans cette recherche d’informations, l’approche avec la population vous a-t-elle posé des problèmes ?
E.A. : Evidemment, nous ne parlions pas la langue donc ce n’est jamais simple de se comprendre dans ces conditions. Mais nous avions à nos côtés des traducteurs. Ils nous ont été d’une aide
considérable. De ce fait, la barrière de la langue n’a pas été infranchissable. Au-delà de cet obstacle, l’accueil et la chaleur de nos interlocuteurs nous a énormément facilité les choses. Ils
n’avaient pas de réticences particulières pour se confier à nous. Je pense que ces rencontres inattendues nous ont autant apporté qu’à eux.
J.-P.C. : Ce voyage semble avoir été très enrichissant. Que retenez-vous tout particulièrement de votre séjour ?
E.A. : Être confrontée à une culture différente pour la première fois, c’est évidemment très dépaysant. On ne ressort pas indemne d’une telle expérience. Ce qui restera à jamais dans ma mémoire,
c’est la conception complètement différente qu’ont les jeunes indiens de la vie. Leurs mœurs et leurs principes sont à des années-lumière de notre morale occidentale. Ils ont une autre notion de
l’amour qui me fait penser à celle qu’avaient nos ancêtres. Ces deux semaines en Inde m’ont ouverte au monde.
Propos recueillis par Jean-Philippe Chognot