Acta Diurna

La Ligue Adriatique a placé deux représentants au Top 16 de l’Euroleague et trois au Last 16 de l’EuroCup. Malgré cela, elle est relativement méconnue en France. Coup de projecteur sur une compétition où la jeunesse triomphe.

Derrière la Liga ACB, quel championnat fournit le plus gros contingent de clubs aux Top 16 des coupes d’Europe ULEB cette saison ? L’Italie ? Non. La Grèce, la Russie ? Non plus. La palme revient à l’Adriatic League. Avec deux représentants au Top 16 de l’Euroleague – Cibona et Partizan – et trois au Last 16 de l’Eurocup – Étoile Rouge, Hemofarm et Zadar –, la ligue de la péninsule balkanique s’affirme comme l’une des compétitions les plus relevées du Vieux Continent. Elle reste pourtant méconnue en France par rapport à la Lega ou la Liga ACB.

Rien d’étonnant puisque la Ligue Adriatique est encore très jeune. Elle est née le 3 juillet 2001 à Ljubljana sur l’initiative de quatre pays : la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine et une Yougoslavie en déclin. La région sort à peine de dix années de guerre et le projet semble ambitieux dans un climat toujours tendu. La compétition débutera dès l’automne 2001 avec douze équipes. Depuis, l’Adriatic League a changé de formule tous les ans. Cette saison, elle rassemble quatorze clubs, originaires de Serbie (5), de Croatie (4), de Slovénie (3), du Monténégro (1) et de Bosnie (1).

Si la ligue est un réel succès sur le plan sportif, elle garde quelques séquelles de la décennie de combats fratricides. « Il y a toujours une certaine rivalité entre Croates et Serbes du fait de la guerre », note Stephen Brun, qui a joué à Split (Croatie) en début de saison. « Quand des Croates vont jouer en Serbie ou l’inverse, il y a toujours cinq ou six fourgons de police qui encadrent l’équipe visiteuse pour éviter tout débordement. »

Les rivalités trouvent également leur écho sur le parquet à travers une intensité exacerbée que ce soit à l’entraînement ou les soirs de match. « En Croatie, j’ai connu les entraînements les plus durs de ma carrière », assure le Français. « C’est travail, travail, travail… Tous les jours, on s’entraîne deux heures le matin, deux heures le soir. Les coaches n’hésitent pas à forcer. »

 

Moyenne d’âge : 23 ans

Ils hésitent d’autant moins que les effectifs sont souvent très jeunes. Par exemple, le FMP Zeleznik, 8e de du championnat, affiche un moyenne d’âge de 20 ans (!). Plus généralement, celle de la ligue dépasse à peine les 23 ans. En comparaison, elle atteint les 25 printemps en Pro A. « Il y a des équipes serbes comme Hemofarm et Zeleznik où il n’y a que des joueurs de 20 à 23 ans formés au club », indique le Nancéien. « Les entraîneurs ne sont pas frileux : si un gars est bon, qu’il ait 18, 19 ou 20 ans, il joue. »

Jan Vesely (en haut à droite) en est le parfait exemple. À seulement 18 ans, l’ailier-fort tchèque du Partizan joue 15 minutes par match en Ligue Adriatique. Aucun Français de son âge ne peut en dire autant en Pro A actuellement. Responsabilisés très tôt, de nouveaux jeunes s’affirment tous les ans. Ces dernières années, ce furent en vrac Nikola Pekovic, Roko Ukic, Marko Tomas, Goran Dragic, Stanko Barac, Novica Velickovic, Mirza Begic (en bas à gauche) ou encore Milenko Tepic. Demain, les Boban Marjanovic, Milan Macvan, Dejan Musli et autres Vladimir Dasic assureront la relève.

Autre particularité de l’Adriatic League : elle est peuplée de joueurs surdimensionnés. « Tous les weekends, on joue contre des gabarits monstrueux. Dans chaque équipe, il y a au moins un pivot de 2,15 m/2,20 m. C’est énorme ! », lance Stephen Brun. Si elle ne manque pas de taille, la Ligue Adriatique n’est pas non plus dépourvue sur le plan technique. « Au niveau des fondamentaux, il n’y a pas mieux. Il y a plein de joueurs qui ne payent pas de mine mais qui connaissent parfaitement le jeu. »

Ce n’est pas surprenant, les Balkans étant une terre de basket. Là-bas, ce sport est un concurrent plus que sérieux du football dans le cœur des sportifs. Un paradis pour passionnés de la balle orange. « Il y a un sacré engouement. Les supporters sont vraiment fanatiques », assure Stephen Brun. « La plupart des matches sont retransmis sur les chaînes nationales. Il y a toujours trois ou quatre pages consacrées au basket dans les journaux. » Ça laisse rêveur…

Jean-Philippe Chognot

 

Article publié dans le BasketNews du 12/02/2009, en page 15.

 

Ven 13 fév 2009 Aucun commentaire